Le fonds d’investissement américain White Tale avait de la suite dans les idées. Notamment celle de faire capoter le projet de la multinationale bâloise Clariant, l’un des leaders mondiaux dans le domaine des produits chimiques et des pigments pour le textile, le cuir et de papier, d’acquérir son concurrent américain Huntsman pour 7 milliards de francs. Objectif atteint vendredi.

Dès l’annonce du projet de mariage en mai dernier, White Tale a fait opposition, disant qu’il allait à l’encontre de la tendance à la spécialisation en vigueur dans le secteur. Il faisait aussi remarquer que Clariant se dispersait trop et mettait des produits sur le marché qui n’ont rien à voir avec ses activités de base, comme le gel de dégivrage pour l’aviation ou encore des ingrédients pour les cosmétiques. A ce propos, l’investisseur américain avait exigé une évaluation indépendante sur les éventuelles retombées d’une fusion.

Le plus grand actionnaire

Le futur groupe HuntsmanClariant aurait été valorisé à 14 milliards de francs et, selon les plans, il allait être coté à Zurich et à New York. Il aurait généré un chiffre d’affaires de 13,2 milliards de francs par an. Les documents de travail évoquent les nombres cumulés de 200 sites de production et de 28 000 collaborateurs dans une centaine de pays.

White Tale n’a pas seulement critiqué la stratégie d’acquisition. Il est aussi passé à l’acte. En mai, il était déjà un actionnaire important du groupe bâlois, avec une participation au capital de 10%. Le mois dernier, il a annoncé qu’il avait augmenté ses actions à 15,1%, ce qui faisait de lui le plus grand actionnaire. Vendredi matin, c’est la direction de Clariant qui a fait savoir que le fonds d’investissement américain avait encore augmenté sa part dans le capital, à 20%.

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«Nous ne sommes plus certains d’obtenir la majorité de deux tiers des actionnaires nécessaires à l’opération, a dit l’entreprise dans un communiqué publié vendredi matin. Nous sommes toujours convaincus que le rapprochement était sur le long terme dans le meilleur intérêt de nos actionnaires.» Malgré l’échec, Clariant a fait savoir qu’elle poursuivra sa stratégie de croissance sur le long terme. «Même si White Tale avait une position différente de la nôtre sur le projet de fusion, nous partageons l’intérêt d’augmenter la valeur de l’entreprise», a encore ajouté la direction à Bâle.

Clariant, désormais une proie?

Et maintenant? Dans l’immédiat, l’action de Clariant est partie à la baisse, –4,5%, à la bourse suisse vendredi. Mais à moyen et long terme, les analystes ne misent pas sur le statu quo. Selon la banque Vontobel, White Tale, qui a investi 1,7 milliard de francs dans la société bâloise, ne restera pas les bras croisés. Les investisseurs américains pourront prétendre à deux sièges au conseil d’administration de Clariant et, dès lors, pourraient influer sur la stratégie du groupe.

Mais pour de nombreux analystes recensés par Bloomberg, Clariant, qui avait des visées d’expansion, va elle-même devenir une proie. Ils sont plusieurs à nommer Evonik Indutries, spécialiste mondial en matières premières chimiques, qui pourrait s’intéresser à une reprise. Avec son siège à Essen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, cette entreprise est présente dans une centaine de pays et compte quelque 43 000 collaborateurs. Son chiffre d’affaires annuel est d’environ 16 milliards de francs.