Dette

Bâloise gagne de l’argent en empruntant près d’un demi-milliard

L’assureur emprunte à un taux négatif de 0,5% à 3 ans. Un nouveau record. A peine 5% du marché suisse offre encore un rendement positif. Les investisseurs institutionnels se disent obligés de jouer le jeu

C’est historique. Une entreprise suisse gagne de l’argent en empruntant en francs suisses. En l’occurrence, l’emprunt de 425 millions de francs de Bâloise Holding représente la première transaction de la part d’une entreprise suisse avec un coupon de 0% sur les trois tranches de 3, 7 et 10 ans. Et c’est le rendement le plus bas à 3 ans d’une obligation sur le marché suisse. L’assurance réalise un profit, même après les frais de transaction. Les rendements à l’émission sont respectivement de -0,50% (3 ans), -0,195% (7 ans) et 0% (10 ans), ainsi que le confirme Marco Baffinato, responsable des relations auprès des investisseurs.

La veille, Swissgrid AG avait levé des fonds à 30 ans avec un rendement à peine positif de 0,05%. «Jusqu’ici, les émetteurs proposaient de longues échéances afin d’être en mesure de payer un rendement positif pour stimuler la demande des investisseurs», commente Gianni Pugliese, analyste auprès de Mirabaud & Cie SA. Les investisseurs institutionnels tels que les assureurs et caisses de pension achètent ces titres, même si cela semble contre nature, sachant qu’en gardant ces obligations jusqu’à maturité ils perdent de l’argent. Aujourd’hui, «les emprunteurs ont moins de scrupules à offrir un rendement négatif du fait que garder des liquidités en compte courant est inintéressant», juge l’analyste genevois. En effet, il en coûte 0,75% de conserver ces liquidités.

Taux négatifs pour toutes les échéances

Plusieurs entreprises étrangères ont déjà emprunté en francs avec un rendement négatif ces derniers mois, à l’image de Korea Hydro & Nuclear Power et de Bank of Philippine Islands. Dans le monde, 17 000 milliards équivalents dollars d’obligations offrent un rendement négatif, note Gianni Pugliese. Mais les emprunteurs sont généralement gouvernementaux. D’ailleurs les rendements des obligations de la Confédération étaient, mardi, de -1,2% à 2 ans, -1,07% à 10 ans et -0,47% à 50 ans.

Toute la courbe des taux d’intérêt suisses est négative. Les risques de taux d’intérêt en particulier ne sont pas dérisoires. «Si le rendement des emprunts à 10 ans de la Confédération remontait de 1 point de pour-cent, l’investisseur perdrait 10%», indique Markus Thöny, responsable Fixed Income Suisse auprès de Lombard Odier IM. Les titres à très longue échéance ont un profil de risque similaire à celui d’une action en termes de volatilité, ajoute-t-il. Les obligations de la Confédération à 35 ans ont effectivement une volatilité de 12 à 15%.

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Après le mouvement baissier des taux d’intérêt, «au maximum 5% du marché obligataire suisse offre un rendement positif à échéance», déclare Markus Thöny. Parmi les rares titres avec un rendement positif, citons par exemple les obligations en francs suisses de Deutsche Bank, dont la notation est de BBB.

«Les gérants de portefeuille obligataires en francs ne peuvent pas complètement échappé à l’environnement des rendements négatifs», note Markus Thöny. Compte tenu des circonstances, il est préférable de ne pas investir dans des titres de sociétés bénéficiant d’une notation élevée, qui seront uniquement sensibles aux taux d’intérêt. Mais plutôt d’opter pour les obligations de sociétés sélectionnées qui présentent un meilleur équilibre entre les risques de taux d’intérêt et de crédit.

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On notera que l’emprunt est réalisé par la holding (A-), dont la notation auprès de l’agence S&P est inférieure à celle du groupe (A+). Une entreprise offrant un rating similaire, comme Swisscom, présente un rendement de -0,77% à 3 ans.

En janvier dernier, lors de sa précédente émission, le rendement des obligations de Bâloise s’élevait encore à 0,5%. «La répartition en plusieurs tranches nous permet, pour le volume désiré, d’obtenir les meilleures conditions possible», indique Marco Baffinatto.

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