Qu’ils soient indigènes ou exotiques, les Suisses adorent manger des fruits. Durant l’été, «Le Temps» raconte leur histoire, détaille les filières et analyse leur consommation.

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Elle a donné naissance à l’une des premières multinationales du monde, engendré des coups d’Etat ou des guerres économiques. Si sa présence sur les étals des supermarchés est devenue banale, avec 66 000 tonnes vendues en Suisse l’an dernier, son histoire est loin de l’être. Si sa culture remonte à plus de 8500 ans en Nouvelle-Guinée, il faut attendre le milieu du XIXe siècle et le développement du chemin de fer pour la voir prendre son essor. C’est à cette époque que la banane devient un fruit mondialisé.

«République bananière»

En 1871, Minor Keith, un Américain envoyé au Costa Rica pour embaucher la main-d’œuvre nécessaire au développement de lignes de train, plante des bananiers le long des chantiers pour nourrir les travailleurs. C’est lui qui donnera naissance en 1899 à la United Fruit Company (UFCo, ancêtre de Chiquita). Considérée comme l’une des premières multinationales, elle symbolise aussi l’impérialisme américain. L’entreprise s’étend dans d’autres pays d’Amérique latine, où elle demande des terres en échange d’investissements et de services. Elle finance aussi des coups d’Etat pendant cinquante ans pour développer ses activités et n’hésite pas à avoir recours à la corruption, donnant naissance à l’expression «république bananière».

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Mais l’UFCo n’est pas seule sur ce terrain. Dans le même temps se développent les sociétés Dole et Del Monte aux Etats-Unis, et Fyffes en Irlande. Les trois firmes américaines dominent largement le marché mondial, et les fruits issus de leurs productions se voient surnommés «bananes dollars». Toutes-puissantes en Equateur, au Costa Rica et en Colombie, elles imposent des conditions de travail et de rémunération souvent décriées par les ONG.

Conflit commercial inégalé

Sur le plan économique, la banane crée aussi des tensions. Ses ventes se chiffrent en milliards et aiguisent les appétits. En 1993 éclate la «guerre de la banane». Elle oppose l’Union européenne (UE) et les pays latino-américains soutenus par les Etats-Unis sur la question des droits de douane. Elle a officiellement pris fin en 2009, lorsque les belligérants ont signé un accord sous l’égide de l’OMC. Il s’agit de fait du plus long conflit commercial de l’histoire récente.

Certains redoutent aujourd’hui un nouvel épisode de cette guerre. Les producteurs africains ont lancé en septembre 2019 l’«Appel d’Abidjan». Destiné aux autorités européennes et aux institutions internationales, il demande notamment à l’UE de ne pas favoriser les producteurs d’Amérique centrale par une nouvelle baisse des tarifs douaniers.