Tour du monde de l’innovation

Bangalore devient la Mecque des jeunes pousses

Qui ne connaît pas les milliers de bus déferlant quotidiennement sur les routes de l’Inde? Le pays est étendu, son réseau est immense et les offres des centaines de compagnies de bus sont opaques et très fluctuantes en prix et en qualité. Quiconque devait autrefois faire la queue pendant des heures pour réserver les meilleures places achète de nos jours son billet en quelques minutes sur RedBus.in.

Phanindra Sama, l’un des fondateurs de l’entreprise RedBus créée en 2006, dont le siège est à Bangalore, a eu cette idée alors que, jeune ingénieur en informatique, il devait se mettre en quête d’un billet pendant des heures avant de partir en vacances. L’idée a conquis une part estimée à 65% du marché national indien en sept ans seulement. La force de RedBus réside dans la simplicité de la réservation, notamment grâce à la possibilité d’obtenir le billet confirmé par SMS. Nul besoin d’imprimante, ni de smartphone pour ce faire. RedBus est au nombre des entreprises informatiques qui ont porté Bangalore (rebaptisée officiellement Bengaluru en 2007) sur la liste globale des villes de start-up.

Divers facteurs font de Bangalore une ville attrayante pour les jeunes entrepreneurs. On y trouve une large communauté d’ingénieurs dotés d’une expérience professionnelle globale. Cette communauté, renforcée par les jeunes diplômés des hautes écoles indiennes, forme le bassin de talents nécessaire à l’entreprenariat. La clientèle, branchée technologie, représente un autre facteur important, car elle s’enthousiasme pour les solutions axées sur la technique. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une nouvelle «app» ou plateforme web ne propose ses services à la clientèle locale. Ici, les inventions ne doivent pas être des révolutions techniques, comme le montre l’exemple de RedBus.in: des applications simples, mobiles, stables dans leur fonctionnement et à forte valeur ajoutée pour le client suffisent à générer le succès.

Enfin, l’Inde détient des avantages comparatifs importants en matière de coûts: on peut y recruter avantageusement de jeunes diplômés universitaires, et les start-up bénéficient d’une grande offre à prix abordable de places de travail, certaines dans les centres fondateurs, d’autres dans les nombreux espaces de co-travail ou bureaux communs. Ces lieux favorisent les opérations en réseau et l’échange de connaissances. Les travailleurs basés à Bangalore profitent, par rapport à d’autres centres de start-up, de frais d’entretien significativement plus bas.

Les discussions conduites avec de jeunes entrepreneurs de Bangalore confirment régulièrement que la ville profite actuellement d’une culture spécifique de réseau et de mentorat unique en son genre. Les jeunes entrepreneurs créatifs qui œuvrent côte à côte dans les centres de start-up s’enrichissent, se soutiennent et se motivent mutuellement. Ils organisent même des foires de start-up, lors desquelles les jeunes pousses technologiques se mêlent aux start-up axées sur le design, la gastronomie ou l’impact social.

Des entreprises établies, telles que Microsoft, sont elles aussi enthousiasmées par cette nouvelle scène des start-up et veulent en faire partie. Après avoir inauguré son centre de start-up Microsoft Ventures il y a quelques années, Microsoft a lancé ce mois le premier service indien d’assistance en ligne pour start-up. Un numéro de téléphone permet d’obtenir en quelques minutes, en anglais ou en hindi, des conseils précieux et gratuits concernant la création d’entreprise, la comptabilité, le droit fiscal ou des questions technologiques. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si la prochaine génération d’entrepreneurs en informatique globaux viendra de l’Inde, mais quand. Au demeurant, RedBus.in a été reprise pour 138 millions de dollars en juin 2013 par une coentreprise formée par deux groupes d’investisseurs sud-africain et chinois. * Directeur de Swissnex India