Après les énormes profits annoncés en début de semaine par Goldman Sachs, le bilan tracé en début d’après-midi par Bank of America, est venu rappeler l’ampleur de la crise financière qui continue de peser sur l’économie américaine.

Les opérations de négoce sur les marchés financiers ont permis à Goldman Sachs d’enregistrer des profits nets de 3,4 milliards entre avril et juin. De la même manière, mais bien plus modestement, ce sont les résultats «records» de ses activités de courtage – ceux-ci ont quadruplé en un an – qui ont permis à Bank of America de limiter la baisse de ses bénéfices nets par rapport à l’an dernier: ses profits n’ont reculé que de 5,9% et atteignent 3,2 milliards sur le trimestre. Ce déclin reste moins important que celui sur lequel tablait le marché boursier.

Contrairement à Goldman Sachs, Bank of America continue de subir de plein fouet l’éclatement de la bulle des produits financiers toxiques dits «subprime». La banque a dû augmenter de 4,7 milliards de dollars ses réserves pour faire face à ces difficultés. Sa direction n’a en outre donné aucune échéance pour le remboursement des 45 milliards de dollars d’aide fédérale reçus depuis l’automne.

La crise financière, la récession, et l’effondrement du marché immobilier touchent également de plein fouet ses services de banque «grand public», que Goldman Sachs ne fournit pas. Bank of America a ainsi perdu 1,62 milliard en trois mois sur ses activités de cartes de crédit – celles-ci étaient profitables il y a un an – tandis que les bénéfices réalisés sur son activité de dépôts bancaires ont plongé de 60% en douze mois. Kenneth Lewis, le directeur général de ce qui est maintenant le plus grand groupe bancaire du pays a prévenu que «la faiblesse continue de l’économie mondiale, la hausse du chômage et la détérioration de la qualité du crédit affecteraient la performance [de la banque] durant le restant de l’année et encore en 2010».

Plus délicate encore reste la situation de Citigroup. La banque se targue certes d’avoir enregistré 4,3 milliards de bénéfices en trois mois, alors qu’au printemps 2008 ses pertes atteignaient 2,5 milliards. Un chiffre plus élevé que celui sur lequel tablait le marché boursier. Reste que ces gains ne s’expliquent que par les 6,7 milliards tirés de la cession de la filiale Smith Barney, une filiale qui générait le cinquième des recettes du groupe. Même en mettant de côté l’héritage de la crise, les activités regroupées sous la division Citicorp – où sera recentré ce qui fut le premier conglomérat financier du pays – ont vu leurs profits décliner de 11% en douze mois, à 3 milliards de dollars. Contrairement à ses concurrentes, Citigroup n’a pas bénéficié d’une bouffée d’oxygène provenant de ses activités de courtage ou de banque d’affaires: ces dernières ont vu leurs recettes décliner de 7% par rapport à l’an dernier.

Citigroup ne doit sa survie qu’à la cession, au pas de charge, des différents blocs formant autrefois son empire. Afin de rembourser ses dettes et de tenter de compenser les pertes qui résulteront de l’océan de titres «toxiques» infestant encore son bilan. La course contre la montre continue: en trois mois, les provisions pour pertes de crédit ont encore augmenté de 3,9 milliards de dollars.