Depuis que Detroit s’est déclarée insolvable, jeudi, on tente de faire les comptes. Avec une interrogation: qui seront les grands perdants du placement de «Motor City» sous la protection du chapitre 9 du code des faillites américain?

Lundi, le Wall Street Journal révélait ainsi l’implication de plusieurs grandes banques, dont UBS, dans la dette de 18,5 milliards de dollars accumulée par Detroit. Le quotidien new-yorkais décortique une complexe opération financière datant de 2005. La ville tente alors de remplir les caisses de ses fonds de pension publics. Ceux censés assurer les retraites des employés municipaux, des policiers et des pompiers.

Detroit se tourne vers la banque suisse. Avec «son grand réseau bancaire européen, elle pouvait assurer une forte demande pour la dette de la ville», témoigne une personne proche de l’affaire. UBS, menant un groupe de banques internationales, émettra au total plus de 1,4 milliard de dollars de titres de dettes, des «certificats de participation». Il est alors calculé que la ville devra payer 827 millions de dollars d’intérêts, durant les 20 années d’existence de ces certificats.

Pour s’assurer que cette facture n’augmente pas, les banques et la ville concluent une opération de hedging (couverture). En gros, celle-ci prévoit qu’en cas de hausse des taux, les banques payeraient Detroit. Dans le scénario inverse, la ville leur serait redevable, afin de conserver la validité de l’opération de couverture.

Ardoise supplémentaire

Au final, la plongée des taux post-crise financière a placé Detroit devant une ardoise supplémentaire de 13 millions de dollars par trimestre. Si bien que le mois dernier, la somme due par la ville à UBS et Bank of America atteignait presque 300 millions de dollars.

Contactée hier, UBS n’a pas voulu commenter ces informations. Les deux banques seraient toutefois tombées d’accord avec le responsable de la procédure de faillite. Elles se contenteront de percevoir 75% de cette somme. Tout en libérant Detroit de ses obligations. Cet accord exclut d’ailleurs toute réclamation ultérieure. De ces créanciers-ci, pour cette dette-ci.

Car la quête est bel et bien lancée. Selon divers médias, on sait déjà que les fonds de pension publics réclament 3 à 4 milliards. Pour Dexia, un chiffre de «moins de 100 millions d’euros» a été articulé ce week-end. Lloyds et Société Générale se sont déjà déclarées «sans exposition» à Detroit. Commerzbank, elle, ne répond pas.