La banque BSI passe en mains brésiliennes

Gestion de fortune Le groupe BTG Pactual paie 1,5 milliard de francs à Generali

Safra, Royal Bank of Canada, Union Bancaire Privée et quelques autres. Une bonne poignée de candidats à la reprise de BSI, avérés ou non, avait été évoquée, depuis que le groupe italien d’assurances Generali avait mis en vente la banque tessinoise, fin 2012. Ce sera finalement BTG Pactual.

Lundi, le groupe financier brésilien a annoncé le rachat de l’exBanca Svizzera Italiana pour 1,5 milliard de francs. Generali recevra 1,2 milliard en numéraire et 300 millions sous forme de titres BTG, cotés à la bourse de São Paulo.

Ce montant, qui équivaut à 1,7% des 89 milliards d’avoirs sous gestion, a rapidement fait réagir des observateurs, hier. «C’est un prix si peu élevé qu’il ne peut qu’inclure les différents problèmes que pourrait rencontrer BSI à l’avenir», selon un spécialiste des fusions et acquisitions interrogé par Le Temps . «C’est comme si BTG voulait profiter des prix bas pour devenir une banque globale», résume un courtier zurichois, cité par le New York Times .

En plus de la pression fiscale imprimée par les Etats-Unis sur les banques suisses en général, la place financière tessinoise souffre de l’éventualité d’une nouvelle amnistie fiscale en Italie. Le raout médiatique a d’ailleurs déjà fait fuir un certain nombre de clients, témoignait Vittorio Cornaro, le vice-président exécutif de Cornèr Bank, il y a dix jours. Ainsi, selon lui, «la consolidation devrait se poursuivre» au Tessin. Mais la banque luganaise n’en sera pas, parce qu’elle ne veut pas racheter les «problèmes des autres».

«Une excellente nouvelle»

Le rachat de BSI intervient dans un contexte particulier. En 2009, le pays comptait presque 160 établissements bancaires étrangers. Il en reste 121 aujourd’hui. Il y a vingt jours, HSBC a annoncé la vente à LGT de 12,5 milliards de dollars d’actifs. C’est aussi la 2e fois en moins de trois ans qu’un Brésilien mise sur la Suisse, après le rachat de Sarasin par Safra, fin 2011.

«C’est une excellente nouvelle!» s’exclame Martin Maurer, le secrétaire général de l’Association des banques étrangères en Suisse. «Même si l’issue de certains dossiers reste incertaine, c’est un signe que la période de doutes qui pesait sur la place financière est en train de s’estomper, que la situation s’améliore.»

Fondée en 1873, BSI conservera son nom et deviendra la «plateforme» mondiale pour la gestion de fortune de BTG Pactual, est-il précisé dans un communiqué. La banque, dont Generali était le propriétaire exclusif depuis 1998, gère aujourd’hui quelque 89 milliards de francs d’actifs et compte 70% de ses 1990 employés en Suisse. En 2013, elle a enregistré une perte de 722 millions de francs. En cause, des amortissements liés au rachat en 2007 de Banca del Gottardo, et une provision constituée dans le cadre de la participation au programme fiscal américain.

Toile latino-américaine

La transaction donnera naissance à une entité gérant plus de 200 milliards de dollars d’actifs. BTG Pactual, 2800 employés, œuvre aussi dans la banque d’affaires et la gestion d’actifs. La gestion de fortune ne génère que 7% de ses revenus annuels. Le groupe compte douze représentations au Brésil. Il est aussi implanté à Santiago, Bogota, Lima, Mexico City ou encore New York, Londres, Singapour et Hongkong. Hors Amérique latine, BTG Pactual n’avait toutefois jamais investi autant. Une preuve de «confiance en la solidité et le savoir-faire de la Suisse en tant que centre financier», selon le patron, André Esteves, cité dans le communiqué.

Des emplois seront-ils sacrifiés? Trop tôt pour se prononcer à ce sujet, répond BTG, qui précise vouloir bâtir à partir des compétences en présence. Une fois la transaction finalisée, la conformité des équipes à la stratégie du repreneur sera analysée.