Cet automne, la Banque Cantonale de Berne sera une société anonyme. Le canton en gardera la majorité. Les porteurs de bons de participation seront les seuls à profiter d'abord du changement en voyant leurs titres transformés en actions. Mais il fallait donner un signe aux futurs investisseurs. C'est ce qu'a fait hier à Berne le président de la direction générale de la BCBE en annonçant le remboursement à l'Etat de 200 des 300 millions de francs qu'il avait dû y injecter en 1993 pour la sauver de la faillite. Le message de Peter Kappeler est clair: «Nous ne devons pas rembourser le canton mais nous le pouvons!» Avec un pied dans le gouffre il y a quatre ans à peine, la banque crée donc à nouveau de la valeur. Ses dossiers non performants, de 6,6 milliards en 1993 et aujourd'hui ramenés autour de 2,9 milliards dont 2,5 à charge de la banque, en avaient été sortis à temps…

La rentabilité des fonds propres de la BCBE atteint 6,3% en 1997. C'est loin de l'objectif fixé entre 8 et 10% mais compatible, par exemple, avec celui des affaires domestiques du Credit Suisse Group. Ce résultat ne signifie pas grand-chose pour Peter Kappeler qui préfère étudier quelle valeur sa banque a créé ces dernières années. Ceci peut se mesurer par la progression des fonds propres. De 991 millions en 1993, ils ont atteint l'an passé 1,39 milliard de francs (avant le remboursement des 200 millions). Le taux de couverture est donc de 167% par rapport aux exigences légales.

Certes, la BCBE a pu réaliser en 1997 des profits extraordinaires sur son portefeuille de titres. Ils ont alimenté substantiellement la réserve pour risques bancaires généraux qui passe de 40 à 95 millions. Mais le fruit des efforts de restructuration, le travail pour réduire les coûts, un repositionnement comme banque proche des Bernois — «McDonald's veut être partout, nous aussi!» s'exclame Peter Kappeler -, la volonté d'éliminer le poids mort des emprunts passés et des crédits non performants, tout cela commence à donner aussi des résultats.

Taux de couverture de 600%

«Oui, nous créons à nouveau de la valeur», reconnaît donc Peter Kappeler. C'est ce qui a d'ailleurs surtout motivé le remboursement de la dette de la banque à l'égard de l'Etat. Pourtant, mezza voce, ses responsables admettent que leurs efforts auraient été voués à l'échec sans l'idée en 1993 de parquer les crédits non performants dans Dezenium AG, une «poubelle» garantie par le canton. Aujourd'hui, sur 11,2 milliards de crédits à la clientèle inscrits au bilan de la banque, seuls 104 millions sont dans cette catégorie. Leur taux de couverture par les provisions est de… 600%. Et, on ne cache plus qu'avec un taux global de 5,7% de provisionnement de tous les crédits, «le niveau est très bon grâce à Dezenium AG».

Sans cela, les crédits non performants seraient proches de ceux de la Banque Cantonale Vaudoise alors que le bilan est inférieur de moitié et que le niveau d'actifs de la clientèle horsbilan est de 13 milliards contre 34 milliards pour la BCV. Reste que pour Peter Kappeler, la BCBE est à nouveau sur les rails. Sa volonté de rembourser l'Etat le montre. Elle prouve surtout qu'à l'heure d'être transformée en SA, la banque cantonale pense pouvoir se passer de la garantie étatique. Une fois le remboursement au canton déduit, ses fonds propres ont encore un taux de couverture de 136,9%. Reste à savoir si, cet automne, le marché reconnaîtra l'évolution qualitative de la Banque Cantonale Bernoise.