C'est dans les salons d'un grand hôtel zurichois que la Banque Cantonale de Lucerne (LUKB) a fait mardi la roue devant la presse économique et les analystes financiers de quelques banques attirés par sa prochaine entrée en Bourse. Dans un mois en effet, soit à peine une semaine avant une démarche similaire de la Banque Cantonale de Saint-Gall (lire ci-dessous), la LUKB mettra sur le marché jusqu'à un million d'actions nominatives. La mise en Bourse de ce paquet de 11,8% de son capital devrait faire baiser la part de l'Etat lucernois dans un établissement qui aura alors été transformé en SA à 70,6%, contre 82,4% actuellement.

La banque privée zurichoise Vontobel AG – qui vient par ailleurs de soutirer à la LUKB une de ses équipes de gestion de fortune pour constituer une tête de pont à Lucerne – sera le chef de file de cette mise sur le marché, aux côtés de la Banque Cantonale de Zurich, de la Bank am Bellevue et de Lombard Odier & Cie.

Pour Fritz Studer, président de la direction générale de la LUKB qui avait déjà présenté ses résultats annuels il y a deux semaines (lire Le Temps du 31 janvier), les choses se présentent sous leur meilleur jour. Leader sur le marché régional de la banque de détail, avec une part de 40% du gâteau hypothécaire et de 38% de l'épargne cantonale, la LUKB affirme haut et fort son caractère de banque «psychiquement, physiquement et électroniquement proche du client».

Aujourd'hui, ses activités de banque universelle pèsent 38% de ses revenus avant impôt. Demain, en 2004, cette proportion devrait être ramenée à 32%. Ses affaires avec la clientèle d'entreprises, soit 15% de son bénéfice avant impôt, resteront stables (16% du profit en 2004). C'est donc dans la gestion de fortune (47% de ses revenus en 2000 avec une masse sous gestion de 14,2 milliards) que la LUKB portera ses efforts: en 2004, elle devrait en retirer 52% de son bénéfice, avec des fonds qui auront progressé à un rythme annuel de 10 à 12%.

L'évolution de cette structure de revenus est essentielle pour l'établissement. Pas question en effet pour Fritz Studer de bouger d'un iota de ses rails stratégiques qui lui font maintenir les coûts – ils doivent progresser d'un strict 3% annuel d'ici à 2004 – et le volume de crédits problématiques (2,7% de la masse des crédits couverte à 127% par les provisions) sous un contrôle strict. C'est sur la base de la forte croissance des affaires de gestion de fortune qu'est calculé l'objectif d'une rentabilité nette des fonds propres à un minimum de 10% sur une base annuelle à long terme. Ce but, très conservateur pour une banque, est le miroir qui doit attirer les investisseurs privés – auxquels sont destinés les trois quarts du paquet mis en Bourse – et institutionnels, dont la participation individuelle au capital de la LUKB ne pourra pas dépasser 10% des droits de vote.

Exercice de transparence

Quel sera le prix auquel l'action nominative de la banque cantonale sera mise en vente? Sergio Terribilini, vice président de Vontobel AG, ne veut pas se prononcer pour l'instant. Il évoque le prix actuel du bon de participation, qui évolue entre 735 et 795 francs.

Mais ce qui compte aussi pour Fritz Studer, c'est la qualité de cet exercice de transparence pour la LUKB. Il estime ainsi pouvoir attirer des clients, des collaborateurs et des cadres de la banque dans le cercle de ses actionnaires, pour qu'ils puissent mieux s'identifier à sa culture. Reste que cet établissement, même s'il est cinquième au hit-parade des banques cantonales, garde un caractère régional. De plus, il est hors de question que le canton descende sous la majorité des 51%. Une limite qui lui permettra cependant de remettre sur le marché, d'ici un an ou deux, un autre paquet d'environ 12% du capital.