«Nous voulons rester chez nous!» Le cri du cœur de Willy Schaer, président du conseil d'administration de la Banque Cantonale de Neuchâtel (BCN) a le mérite de la clarté. A la BCN, on se sent très bien sur le pré carré cantonal où, même si elle a de la peine à préserver une part de marché de 30% à 40% des crédits et de l'épargne face à UBS, au Credit Suisse et aux banques Raiffeisen, elle ne veut pour autant pas avoir les yeux plus grands que le ventre. Avec des résultats pour l'année 2000 qui se présentent en demi-teinte, «la croissance du bilan et des affaires correspond à celle du canton». Car, affirment Willy Schaer et le président de la direction générale Pierre Godet, «la banque est au service de l'économie du canton: il est positif que sa croissance soit d'abord qualitative».

Volume de crédits réduit

Voilà d'ailleurs qui se lit dans les résultats de la BCN comme dans les lignes d'une main. Elle assure avoir repris 18 500 relations d'affaires à ses concurrentes ces trois dernières années, dont 6000 sur le seul exercice 2000, mais elle a stabilisé la croissance de son bilan (–0,6% à 4,39 milliards). Y a-t-il un truc? Non, répond Pierre Godet, «nous avons réduit parallèlement le volume de nos crédits de 200 millions sur des débiteurs trop importants et conclu autant d'engagements avec cette nouvelle clientèle». Laquelle influence bien sûr le volume d'affaires dans la banque de détail et dans la gestion de fortune. Dans le premier secteur d'activité, l'afflux de clients soutient l'activité de crédit (+2,6% à 3,7 milliards) et freine le recul dans l'épargne. La totalité des avoirs à la clientèle ne diminue que de 1,7% à 2,9 milliards. A la BCN, le taux de couverture des prêts hypothécaires par l'épargne reste donc très élevé à 62%.

C'est ce ratio qui lui permet de dégager une marge d'intérêts de 1,6%, très confortable par rapport à celle d'autres banques cantonales romandes. Par ailleurs, ces clients ont aussi amené des fonds. La masse de 3,4 milliards (+10%) des avoirs privés de la clientèle permet à la banque de bons résultats dans ses opérations indifférentes. Les revenus des affaires de commissions progressent de 17% et ceux des opérations de négoce, de 16%. Mais ces deux sources – 23,8 millions au total – ne représentent toujours que le tiers des revenus des affaires portant intérêt. Mais face à ces revenus d'intérêt qui n'augmentent que de 1,8%, les charges de la BCN ont «explosé» en 2000 de 10,2%. Ceci vient des besoins en personnel mais, surtout, d'une forte hausse des charges informatiques. Or, l'entrée de la BCN dans le groupe Unicible en 1999 aurait dû lui apporter d'importantes économies d'échelle.

Le bénéfice brut ne progresse logiquement que de 2% à 55,7 millions. Certes, il est «qualitativement» impeccable. Mais après cet exercice de consolidation, force est de reconnaître comme Willy Schaer qu'il est fait «d'éléments contrastés». La suite des résultats est également contrastée. En 2000, avec l'adoption de la règle comptable «true and fair view», le résultat net de 23,5 millions (+4,3%) est perturbé par des charges et des produits extraordinaires correspondant à l'intégration, dans les comptes et le bilan, de réserves latentes sur immeubles de 31 millions. Voilà qui brouille aussi la rentabilité des fonds propres (9,1%), en baisse, et la couverture en fonds propres qui saute de 140% à 158%.

Mais adopter la méthode «true and fair view» laisse aussi présager d'un futur besoin en refinancement de la BCN. La structure de ses revenus doit être en effet rapidement rééquilibrée. Ceux qui viennent des opérations indifférentes ne progresseront jamais assez vite pour cela. Il faut donc, d'une part, baisser le taux de refinancement au passif, en remboursant ou en swapant les emprunts, et doper celui des affaires d'intérêts en introduisant les taux variables. Il faudra cependant à terme aller sur le marché. Présenter des comptes «true and fair view» est donc un passage obligé. Le suivant pourrait bien être la notation de la BCN pour avoir de bonnes conditions d'emprunt.