La Banque cantonale de Zurich (BCZ) défraye la chronique. «Nous ne savons pas quel rôle l'établissement cantonal a joué dans l'acquisition de 32% de Sulzer par Everest vendredi dernier», affirme la porte-parole du groupe technologique Verena Gölkel.

Cette question, aussi bien la presse alémanique que la Commission fédérale des banques se la posent. Pour les autorités de surveillance, une violation du devoir d'annonce des participations n'est pas exclue. Mais avant la transaction, Everest avait acquis des options en «cash», autrement dit des produits financiers qui ne nécessitent aucune annonce publique.

«La Banque cantonale de Zurich devrait se poser la question de savoir si elle veut continuer à permettre que la loi soit contournée, en poursuivant le développement des programmes d'options. L'établissement zurichois est certainement conscient des conséquences que les options en «cash» peuvent produire et doit assumer son rôle dans le maintien du tissu économique de la région», affirme Alain Berset, conseiller aux Etats fribourgeois.

De son côté, Dominique Biedermann, directeur de la Fondation Ethos, est critique. «Il est discutable de permettre à une banque cantonale de participer activement à l'émission de programmes d'options sur des entreprises locales cotées. Pour ce type d'établissement, les objectifs ne sont pas purement financiers, mais aussi socio-économiques», souligne l'activiste.

Quant à Luc Recordon, conseiller national écologiste et membre du conseil d'administration de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), il reconnaît que les options sont problématiques. «En les émettant, le risque encouru par une banque cantonale est de ne pas respecter sa mission. La BCV n'a pour l'instant pas joué de rôle dans les récents rachats d'entreprises, mais il faudra mener une réflexion à ce sujet.»

Aucune responsabilité

Face aux critiques, la BCZ se défend. «Notre établissement est l'un des leaders suisses des dérivés et nous agissons en conformité avec la loi. Si des changements ont lieu, nous nous y adapterons», souligne son président Urs Oberholzer. Quant à la responsabilité sociale de la banque dans le cas de suppressions d'emplois liés au rachat d'une entreprise, la BCZ refuse de l'assumer. «Nous n'exerçons pas de droits de vote et n'avons aucune influence au niveau industriel», affirme le président. Il ajoute: «Dans le cas de Sulzer, il était fort probable que les investisseurs russes et autrichiens pouvaient se profiler comme des personnes ayant un intérêt au rachat de l'entreprise.»

Pour améliorer la transparence des marchés, la loi devrait changer. La Commission de l'économie et des redevances du Conseil des Etats discutera lundi de l'abaissement du seuil d'annonce des participations de 5% à 3%.