La banque centrale des banques centrales met en garde contre les taux négatifs

Crise Dans son rapport annuel, la BRI estime que les limites de l’outil monétaire sont atteintes

Des réformes structurellessont nécessaires

Chaque année en juin, la publication du rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI), appelée aussi «la banque centrale des banques centrales», met en évidence les grands déséquilibres financiers internationaux. L’édition 2015, comme les précédentes, dénonce le recours jugé excessif aux politiques monétaires pour régler les conséquences de la crise financière. Sauf que le propos est toujours plus net et alarmiste.

Le cénacle, basé à Bâle, dénonce une fois de plus le recours qu’il estime exagéré à la politique monétaire, «qui supporte depuis beaucoup trop longtemps une part excessive du fardeau», pour résoudre les conséquences de la crise. Il dénonce, une fois de plus, «l’incapacité des politiques publiques à gérer les phases de vive expansion et de forte contraction financière qui se succèdent en laissant des séquelles profondes et durables dans le tissu économique».

Et de rappeler que, de son point de vue, la sortie de la crise ne pourrait intervenir que par des réformes structurelles et fiscales des économies nationales. Cette plaidoirie, qui n’est pas neuve de la part des banquiers centraux, est complétée d’un appel à l’imposition de «règles encadrant les politiques nationales». Autrement dit, une meilleure coordination internationale afin d’éviter que les décisions prises dans de grandes économies n’aient des effets indésirables dans les petites.

La BRI est notamment troublée par le fait que des pays prospères, à commencer par la Suisse, doivent prendre des mesures qui «se retournent contre leur propre économie» pour faire face aux mouvements internationaux de capitaux, principalement en eu­ros et en dollars, générés par les déséquilibres des grandes économies. Rappelant l’introduction par la BNS des taux d’intérêt négatifs en décembre 2014 et encore abaissés lors de la suppression du cours plancher le 15 janvier dernier, l’institution bâloise juge sévèrement l’instauration par une banque centrale de mesures «qui se retournent contre leur propre économie».

Plus largement, le rapport de la BRI critique les dommages causés au système financier international par l’extension des taux d’intérêt négatifs. Les banques ne sont plus seules à être fragilisées, les assurances le sont aussi, ainsi que les autres gérants institutionnels comme, dans le cas suisse, les caisses de retraite. Ce qui incite ces institutions à placer leurs avoirs dans des actifs plus risqués afin de tenter de maintenir des rendements suffisants pour leurs clients et leurs assurés.

Néanmoins, cette situation est une conséquence de la création massive de liquidités destinées soit à maintenir des économies à flot, soit à maintenir la stabilité des taux de change. Or, ces liquidités finissent par être investies dans des actifs généralement sans risques, ce qui comprime encore leurs rendements.

Cette situation génère un risque supplémentaire, celui d’un assèchement soudain du marché. Prenant note des alertes survenues sur les marchés de la dette ces derniers mois, la BRI s’inquiète de voir les acteurs traditionnels de cette activité (banques et gérants institutionnels notamment) se retirer et céder leur place à d’autres gérants d’actifs. Il en résulte une «illusion de liquidité», où celle-ci paraît abondante, mais peut effectivement très vite disparaître en cas de crise. La semaine qui s’ouvre, suite à l’annonce de la fin des négociations entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro, devrait être, à ce titre, un test décisif.

Les taux d’intérêt négatifs «se retournent contre leur propre économie», selon les experts de la BRI