Analyse

La banque centrale de Chine contrariée

La PBOC s’est vue forcée d’effectuer les deux dernières baisses de taux d’intérêt alors que l’économie chinoise a davantage besoin de réformes structurelles que d’un nouveau déferlement de liquidités

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La banque centrale de Chine contrariée

C’est la fête en Chine. Pour les investisseurs. Depuis janvier, la bourse de Shanghai a gagné près de 30%; elle a plus que doublé en un an. Celle de Shenzhen, où sont surtout cotées les PME, a progressé de 55%, et a aussi plus que doublé depuis avril 2014. Le marché actions ne doit pas son envolée (rares sont ceux à parler de bulle) à la conjoncture. Mercredi, Pékin a annoncé qu’au premier trimestre le produit intérieur brut de la Chine n’avait augmenté que de 7%, son plus faible taux depuis 2009.

Les investisseurs doivent plutôt remercier Zhou Xiaochuan. Pas aussi connu que Janet Yellen ou Mario Draghi, le gouverneur de la Banque populaire de Chine (PBOC) est en poste depuis 2002. Il a été reconduit l’an dernier pour un troisième mandat, alors même qu’il a passé les 65 ans, l’âge officiel de la retraite. Zhou Xiaochuan fréquente aussi la Suisse. En janvier, il a participé au Forum économique mondial à Davos et signé un accord avec la Banque nationale pour faciliter l’utilisation du renminbi par les entreprises suisses. Il y a un an, il était invité par l’Association suisse des banquiers à la première table ronde financière sino-suisse.

Les investisseurs peuvent remercier Zhou Xiaochuan car, depuis novembre, la banque centrale a par deux fois réduit son taux d’intérêt directeur et assoupli certaines contraintes réglementaires pesant sur les banques. D’autres baisses sont attendues. Les liquidités ainsi dégagées ont trouvé un débouché sur les marchés financiers, débordant jusqu’à Hongkong mais guère au-delà pour le moment car les flux de capitaux restent contrôlés.

On perçoit pourtant un certain malaise au sein de la PBOC, cette institution qui fut, de 1950 à 1978, la seule banque de la République populaire, avant que ne soient créées les Bank of China et autres China Construction Bank. Derrière le sourire qu’il affiche en toutes circonstances, Zhou Xiaochuan envoie des signes subliminaux de mécontentement. «Les deux dernières baisses de taux ont été décidées non pas à la PBOC, mais chez Li Keqiang», décrypte un observateur qui rentre de Pékin, où il a rendu visite à «des amis banquiers centraux». «D’habitude, la banque centrale propose des mesures, qui sont ensuite validées par le premier ministre. Là, ce fut le contraire», rapporte-t-il.

L’inflation étant sous contrôle (1,4% en mars), il paraît logique que la politique monétaire vienne au secours d’une conjoncture faiblissante. Cependant, Zhou Xiaochan peut avoir un double motif d’insatisfaction. Le premier tient aux conséquences externes de ces baisses de taux. Le yuan est au plus bas depuis 2012. Mardi, la PBOC a annoncé que ses réserves de changes ont diminué pour le troisième trimestre consécutif. La banque centrale, dont la première mission est la stabilité du change, est intervenue en vendant des monnaies étrangères pour stabiliser le cours de sa devise.

Deuxième, et principale, source de mécontentement: «La PBOC appuie sur un bouton, mais malheureusement cela ne fonctionne pas car les banques ne prêtent pas, constatait le mois dernier Dong Tao, l’économiste en chef de Credit Suisse pour l’Asie hors Japon, lors d’une conférence organisée à Hongkong par la banque. Alors que la croissance ralentit, les banquiers veulent éviter de prêter à des entreprises qui pourraient se retrouver en difficulté.»

Zhikai Chen, analyste senior chez Lombard Odier, est moins sévère: «Les baisses de taux ne vont peut-être pas produire un grand impact sur l’économie, mais elles envoient tout de même un signal positif: la banque centrale a bien saisi l’ampleur du ralentissement de la croissance.»

Dong Tao, lui, tranche: «L’effet macro sera zéro. On l’a vu au Japon, en Europe. La politique monétaire est sollicitée alors que ce dont l’économie a besoin ce sont des réformes structurelles. C’est maintenant la même chose en Chine.» D’où le risque de nouvelles bulles, en particulier boursière.

On se souvient alors des déclarations que Zhou Xiachuan avait lancées comme un appel à Davos en janvier: «Si le gouvernement vise un taux de croissance trop élevé, il repoussera indéfiniment les réformes structurelles. […] Ce qui est considéré comme le plus important, ce sont les réformes structurelles. Nous sommes prêts à faire des sacrifices et à avoir un taux de croissance un peu plus faible tant que nous avons [ces] réformes.»

En 2010, la PBOC avait décidé d’amorcer une série de hausses de taux pour contrer la menace de bulle immobilière, alors que le Parti communiste continuait de miser sur la plus forte croissance possible. Zhou Xiachuan appelait déjà de ses vœux des réformes structurelles. Ses décisions avaient été perçues comme une preuve d’une relative indépendance de la banque centrale.

Indépendance, le terme ne s’applique pourtant pas à la PBOC comme on pourrait le faire à la Banque nationale suisse, la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale américaine. Le rapide ralentissement de la croissance montre comment Pékin agit directement sur le levier monétaire. Zhou Xiachuan s’en accommode d’ailleurs bien ainsi, comme il l’a publiquement déclaré à maintes reprises. Au sein de la Chine communiste, toute déclaration en faveur de l’idée même d’indépendance coûterait cher à son auteur. Même contrariée, la PBOC n’a d’autre choix que d’appliquer la politique du parti.

«La politique monétaire est sollicitée alors que ce dont l’économie chinoise a besoin ce sont des réformes structurelles»

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