La Banque centrale européenne (BCE) est sortie jeudi de son mutisme en adoptant un ton plus ferme pour soutenir l'euro, qui a perdu près de 15% de sa valeur par rapport au dollar depuis son lancement le 4 janvier. «Le biais vers un resserrement monétaire se fait jour progressivement», a déclaré son président Wim Duisenberg à l'issue d'une réunion du Conseil des gouverneurs de la banque, qui a décidé de laisser inchangé son taux directeur à 2,5%.

Tout en précisant que l'inflation était pour le moment sous contrôle, Wim Duisenberg a ainsi laissé entendre que la BCE n'excluait pas un relèvement de ses taux à terme. Une hausse rendrait l'euro plus attractif pour les investisseurs. Mais les analystes ne l'attendent pas cette année, du moins tant que l'inflation ne se sera pas rapprochée du plafond de 2% que s'est fixé la banque de Francfort. La perspective de la stabilité des prix reste «favorable» dans les 11 pays de l'Euroland, a d'ailleurs souligné Wim Duisenberg. En notant toutefois que la «légère amélioration de la croissance début 1999, les attentes d'un renforcement de l'activité économique cette année et une nouvelle accélération l'année prochaine» obligeaient la BCE à surveiller «avec soin» la hausse des prix.

Les mots soigneusement pesés de Wim Duisenberg ont donné un coup de pouce à l'euro, qui s'échangeait dans l'après-midi à 1,0233 dollar sur le marché de Londres contre 1,0219 la veille. «Les cambistes ont été particulièrement sensibles à ces propos signalant qu'enfin la reprise tant attendue (de l'économie de la zone euro) est peut-être en cours», explique Robert Hayward, économiste à la Bank of America à la City, cité par l'AFP.

L'analyse de la situation conjoncturelle de la BCE rejoint au demeurant celle de la Commission européenne, pour qui les fondamentaux économiques des 11 pays de la zone euro sont solides. Bruxelles a prédit le 30 mars une croissance pour l'Euroland de 2,2% cette année après 3% en 1998, tout en estimant que l'activité rebondira au second semestre de 1999 pour atteindre 2,7% en 2000. En se gardant de tout commentaire sur la valeur de l'euro, le président de la BCE a affirmé que la monnaie unique est «fermement basée sur la stabilité des prix» et a donc «un clair potentiel pour renforcer sa valeur externe». Un avis partagé par Carlo Ciampi, le président italien, qui estime que l'euro va prouver ces prochaines années qu'il est une monnaie stable.

A neuf cents jours de la mise en circulation de l'euro en espèces sonnantes et trébuchantes, la BCE a annoncé au passage que l'impression des billets avait débuté en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Espagne. Les six autres pays de l'Euroland leur emboîteront le pas sous peu. Treize milliards de billets en coupures de 5, 10, 20, 50, 100, 200 et 500 euros seront imprimés d'ici au 1er janvier 2002. La production des pièces – contrairement aux billets – elles comportent une face nationale – a démarré en mai 1998 et se déroule, selon la BCE, «conformément au calendrier établi».