Lors de sa dernière séance monétaire avant l'entrée physique de l'euro, la Banque centrale européenne (BCE) n'aura donc pas desserré les vannes monétaires. Cette nouvelle était attendue: le principal taux d'intérêt de la zone euro, qui sert de plancher aux offres de refinancement des banques commerciales, reste fixé à 3,25%. Le taux de croissance de référence de la masse monétaire (M3) est maintenu pour sa part à 4,5%. Les réunions de la Banque nationale suisse aujourd'hui et de la Réserve fédérale américaine la semaine prochaine pourraient être plus prometteuses. Les Bourses n'ont pas réagi à l'annonce de la BCE, poursuivant sur un trend haussier que Jean-Claude Manini, chef économiste chez Darier Hentsch, juge partiellement surfait.

Deux raisons principales expliquent le statu quo. D'abord, la BCE a vigoureusement baissé les taux le 9 novembre (-50 points de base). Depuis, la situation n'a pas suffisamment changé pour justifier une nouvelle décision. Ensuite, à trois semaines de l'introduction généralisée de l'euro, Francfort a d'autres chats à fouetter. Les deux explications sont d'ailleurs peut-être liées, estime Patrice Gautry, stratège à l'Union Bancaire Privée. En frappant un coup fort il y a un mois, la BCE s'est octroyé la possibilité de passer un tour en fin d'année pour se consacrer à la réussite du passage à la monnaie unique. Une fois cette cruciale échéance passée, notre interlocuteur ne doute pas que l'institut d'émission se préoccupera à nouveau de la situation économique et agira en conséquence avec un assouplissement, pense-t-il, de 50 points de base dès le mois de janvier. La plupart des économistes estiment d'ailleurs que la baisse des taux n'est pas terminée. Mais hier, Wim Duisenberg, le président de la BCE, a quelque peu atténué les espoirs d'une décision rapide dans ce sens en affirmant qu'en l'état le niveau des taux était approprié. Sous-entendu, une dégradation est nécessaire à une nouvelle action.

En fait, le Néerlandais affiche un optimisme qui surprend les économistes. Selon lui, après un début d'année faible, l'Europe devrait connaître un taux de croissance voisin de son potentiel, soit près de 2 à 2,5%, vers fin 2002. La reprise devrait être favorisée, estime-t-il, par l'absence de «déséquilibres majeurs» dans la zone euro et «par des conditions de refinancement favorables». L'optimisme de Wim Duisenberg paraît quelque peu surfait à Patrice Gautry, qui relève que l'investissement se dégrade en Europe et que les deux grandes échéances électorales de 2002 (en France et en Allemagne) devraient inciter les entreprises à se mettre en position d'attente.

Dans la foulée, Wim Duisenberg n'a pas pu s'empêcher de se mêler de politique budgétaire en répétant que les pays européens devaient s'en tenir strictement aux objectifs à moyen terme contenus dans le Pacte de stabilité. S'adressait-il au chef du gouvernement italien? Silvio Berlusconi, en délicatesse avec ce pacte, a en effet plaidé en faveur d'un remodelage des échéances imposées.