La Banque centrale européenne (BCE) a relevé jeudi son taux directeur de un quart de point, à 4,25%. Son président Jean-Claude Trichet a justifié cette mesure au nom de la lutte contre l'inflation, 4% en juin en rythme annuel dans la zone euro, le plus haut depuis 1991.

Prenant le pessimisme ambiant à contre-pied, Jean-Claude Trichet a toutefois fait comprendre que les fondamentaux économiques dans la zone euro sont sains. La croissance va certes ralentir, mais elle va se poursuivre ces prochaines années.

La décision de la BCE était attendue et déjà intégrée dans les analyses conjoncturelles. En revanche, en déclarant que ce tour de vis monétaire «contribuera à atteindre notre objectif» de stabilité des prix, le Français a laissé entendre que la BCE pourrait en rester là.

Beaucoup d'analystes s'attendaient que l'institut de Francfort prépare le marché à un deuxième, voire un troisième tour de vis d'ici à la fin de l'année. Après la conférence de presse de Jean-Claude Trichet, ils estiment qu'elle va faire une pause.

L'euro a alors baissé face au billet vert. Dans la foulée, le prix du brut, après avoir frôlé 146 dollars le baril, est descendu au-dessous de 145 dollars.

Les marchés d'actions ont, eux, retrouvé des couleurs. Ils avaient évolué à la hausse en fin de journée alors qu'ils étaient négatifs plus tôt.

Le renchérissement, lié à l'explosion des prix du pétrole et d'autres matières premières, reste une hantise pour Jean-Claude Trichet. C'est pourquoi il a mis en garde contre des revendications salariales exagérées: des augmentations rallumeraient les tensions inflationnistes pour de bon.

Pour la France et l'Espagne, la croissance est délaissée

L'augmentation du taux directeur n'est pas du goût de tout le monde. Mercredi, la France et l'Espagne avaient mis en garde la BCE contre tout resserrement monétaire. Ces deux pays accusent Jean-Claude Trichet de privilégier des mesures de lutte contre l'inflation au détriment de la croissance.

La hausse du taux directeur a été saluée par le patronat, notamment en Allemagne. En revanche, la Confédération européenne des syndicats l'a jugé «incompréhensible» et «inutile».

L'inflation est devenue un cauchemar de nombreuses banques centrales dans le monde. La Chine, la Russie, l'Inde, le Brésil viennent aussi de resserrer le crédit. Hier, l'Indonésie a fait de même pour la troisième fois en trois mois. Enfin, les banques centrales scandinaves ont aussi durci leur politique monétaire afin de tenter de juguler les poussées inflationnistes.