A la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkei a ponctuellement bondi de 2,66% dans la foulée de l’annonce, avant de retomber dans le rouge, cédant 1,9% à la clôture.

«Le gouverneur Haruhiko Kuroda aime les surprises, et il l’a une nouvelle fois démontré aujourd’hui», ont réagi les analystes de Capital Economics dans une note. «Ce sont des mesures utiles, mais elles ne vont guère faire de différence en pratique», ont-ils cependant jugé.

A l’issue de sa 14e et dernière réunion de l’année, le comité de politique monétaire a dévoilé un nouveau plan de rachat de fonds cotés en Bourse (ETF), sans changer cependant son objectif d’augmentation de la base monétaire (80 000 milliards de yens par an, soit quelque 650 milliards de francs).

Vaincre la déflation

La BoJ veut ainsi encourager les entreprises «qui investissent de manière proactive» et vaincre définitivement les mentalités déflationnistes, explique-t-elle dans un communiqué. Toutefois, le montant – 300 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) – est «minuscule», fait remarquer Capital Economics.

La banque centrale apporte également d’autres retouches pour «faciliter la mise en œuvre» de sa politique monétaire, en étendant notamment la maturité des obligations d’Etat (à 7-12 ans, contre 7-10 ans jusqu'ici). La BoJ peine en effet à trouver suffisamment de vendeurs de bons du Trésor.

Le programme d’assouplissement qualitatif et quantitatif, instauré en avril 2013 dans le cadre de la stratégie «abenomics» du premier ministre Shinzo Abe, a échoué pour l’heure à relancer durablement la troisième économie mondiale.

La reprise reste timide dans l’archipel, même s’il a finalement échappé à la récession grâce à une croissance de 0,3% au troisième trimestre par rapport à avril à juin. Outre une consommation des ménages morose, le Japon est affecté par le ralentissement en Chine, partenaire commercial majeur.

La BoJ, dont les mesures supplémentaires ont été adoptées vendredi à une courte majorité (par 6 voix contre 3), a assorti sa décision des habituels commentaires positifs sur «une reprise modérée».

Son gouverneur devrait livrer davantage d’explications lors d’une conférence de presse un peu plus tard dans la journée.

Impact incertain

«L’impact des mesures est incertain, il nous faut attendre les propos de M. Kuroda pour en savoir plus. Mais au moins, on a le sentiment que la Banque du Japon veut donner un coup d’accélérateur. Pour le marché, c’est un peu un cadeau de Noël en avance», a estimé auprès de l’AFP Hideo Kumano, analyste de l’institut de recherche Dai-ichi Life.

Même si l’ampleur des mesures annoncées est cette fois bien moindre, M. Kuroda avait déjà pris de court les marchés il y a un peu plus d’un an, le 31 octobre 2014, en étendant son programme dit d’assouplissement quantitatif et qualitatif de 60 000-70 000 à 80 000 milliards de yens.

Le moment choisi par le gouverneur n’est pas anodin: la Fed a pris mercredi la décision de relever ses taux pour la première fois en près de dix ans, étape importante dans la normalisation de sa politique monétaire.

Après ce petit pas effectué ce vendredi, la BoJ n’en a pas nécessairement fini. Pour les analystes de Capital Economics, «un assouplissement s’imposera». L’inflation évolue actuellement aux alentours de zéro sous l’effet de la chute des prix du pétrole, loin de l’objectif ultime d’évolution des prix de 2%.

De son côté, le gouvernement devait approuver vendredi une rallonge budgétaire d’un montant de 3500 milliards de yens pour soutenir l’économie. Il prévoit par ailleurs de faire adopter début 2016 une réforme fiscale pour atténuer l’impact sur les consommateurs de la prochaine hausse de TVA, de 8% à 10%, prévue en avril 2017.

A l’image de ce qui se passe dans de nombreux pays européens, il envisage d’instaurer un taux réduit pour l’alimentation, et ainsi éviter que ne se répète le scénario de l’an dernier, quand un relèvement de taxe, en avril 2014, avait fait plongé l’économie en récession.