La ruée commence. Après avoir obtenu l'autorisation d'intégrer la Bourse chinoise le 26 mai dernier, la banque d'affaires suisse UBS vient de franchir une nouvelle étape, en achetant des actions dans quatre entreprises d'Etat: Baoshan Iron & Steel (métaux), Shanghai Port Container (fret maritime), Sinotrans Air (fret aérien) et ZTW Corporation (téléphonie), pour un montant qu'elle ne tient pas à dévoiler. «Ce n'est que le début, s'est réjoui John Holland, chef des investissements pour la zone Asie, lors d'une cérémonie symbolique à Pékin, organisée pour marquer l'événement mercredi. Les premières réactions de nos clients dépassent nos attentes. Nous constatons un vif intérêt de la part des investisseurs de toutes les régions du monde.» «Nous entrons dans une phase d'expansion de nos activités dans ce pays. D'autres banques d'affaires devraient nous suivre. La raison: les fondamentaux de l'économie chinoise sont excellents», fait remarquer Nicole Yuen, responsable de UBS en Chine.

Le géant suisse devient ainsi la première banque d'affaires étrangère à investir à la Bourse chinoise. Morgan Stanley, Citigroup, Goldman Sachs et Nomura Securities viennent d'obtenir également le feu vert alors que Deutsche Bank, HSBC Holding et Standard Chartered sont sur une liste d'attente. L'accès à ce marché, où la capitalisation boursière est estimée à 500 milliards de dollars, est réservé aux institutions ayant un capital minimum de 10 milliards. De surcroît, elles doivent s'engager à placer au moins 50 millions en Chine. Dans un premier temps, UBS a obtenu le droit d'investir jusqu'à 300 millions de dollars sur une période de trois mois.

«La dérégulation du marché financier chinois est une grande opportunité pour les investisseurs internationaux, explique Monika Dunant, porte-parole de UBS à Zurich. Elle ouvre la voie à plus de 1200 entreprises publiques cotées.» Selon l'avis des experts financiers chinois interrogés par Bloomberg, cette ouverture va stimuler les entreprises à adopter des systèmes de management et de gouvernance modernes. Elle incitera aussi les 70 millions d'épargnants locaux à suivre l'exemple des investisseurs étrangers. Selon des chiffres officieux, l'épargne domestique s'élèverait à 13 milliards de dollars en Chine.

«Nous avons toujours appelé à une plus grande ouverture du marché chinois des capitaux. A travers la Bourse, qui est un excellent moyen pour mobiliser les capitaux étrangers, le pays pourrait poursuivre son expansion», déclare Ken Davies, économiste à l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et auteur d'un ouvrage* sur la Chine. «Les autorités chinoises doivent maintenant aller plus loin et autoriser des investisseurs étrangers à lever des capitaux sur le marché local», déclare-t-il. Ken Davies rappelle que sur le plan des investissements étrangers directs, la Chine est devenue le premier pays d'accueil en 2002, devant les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

L'engouement pour la Chine n'est pas nouveau. Durant plus d'une décennie, elle a connu un taux de croissance autour de 10% alors que les pays de l'OCDE en ont comptabilisé entre 1 et 4%. Selon les dernières prévisions de la Banque asiatique de développement, la croissance connaîtra un recul en 2003, notamment à cause de la maladie de la pneumopathie, mais atteindra tout de même les 8%, contre 1% en Europe et 2% aux Etats-Unis.

Selon une enquête sur «le comportement changeant du consommateur chinois» réalisée par le groupe VISA et dont les résultats ont été publiés mercredi, plus de 55% des sondés attendent une hausse de salaires d'ici à une année et 25% projettent d'acheter une maison ou un appartement. Il y aurait également un intérêt grandissant pour les produits financiers, notamment dans les prises de participation dans des entreprises, dans des fonds d'investissement ou encore dans des comptes à l'étranger.

* Investment Policy Review – China, OCDE.