Deux banques centrales, deux décisions contradictoires. Jeudi, la Banque d'Angleterre (BoE) a annoncé la baisse d'un quart de point de pourcentage son taux directeur à 5,5%. Le même jour, la Banque centrale européenne (BCE) a confirmé les siens, maintenant le principal d'entre eux, le refi, à 4%.

Deux lectures divergentes de l'impact de la crise financière sont à l'origine de ces décisions contraires. La Banque d'Angleterre a mesuré les dégâts causés par la crise des «subprime» sur la conjoncture britannique. Confrontée à un rétrécissement de l'accès au crédit, son économie marque des signes de ralentissement. Les pressions inflationnistes sont bien présentes du fait de la hausse des cours du pétrole et des prix des produits alimentaires. Cependant, ces pressions devraient s'amenuiser au fil du ralentissement de la conjoncture, a-t-elle expliqué dans un communiqué.

La BCE constate, pour sa part, que les fondamentaux économiques de la zone euro restent «sains». La croissance, quoique en train de ralentir, reste soutenue. Elle est estimée dans la fourchette de 1,5% à 2,5% pour 2008. Les pressions inflationnistes sont revues sensiblement à la hausse, pour les mêmes raisons que celles qui s'exercent outre-Manche, dans la fourchette de 2% à 3% pour l'an prochain.

En conférence de presse au siège de la BCE à Francfort, Jean-Claude Trichet, gouverneur, a insisté sur le dynamisme du crédit dans la zone euro, écartant de ce fait les craintes de «credit crunch» (rétrécissement marqué de l'accès au crédit), et donc de récession, pour le continent. Il admet que la crise financière pose un certain nombre de risques à court terme, mais ces derniers ont paru insuffisants pour inciter la BCE à abaisser ses taux dans l'immédiat.

Inversions des courbes

Ces réalités divergentes entre le Royaume-Uni et la zone euro se lisent sur l'évolution des taux courts. Ceux-ci ont fortement progressé lorsqu'ils sont libellés en livres sterling, un peu moins lorsqu'ils sont établis en euros.

Emprunter à trente jours est la formule la plus coûteuse outre-Manche, où le Libor atteint 6,75%. Le taux à une semaine se rémunère à 5,88%, et le Libor à trois mois à 6,65%. L'inversion de la courbe, récurrente pour la livre, s'est encore accentuée.

Sur le continent, la durée la plus coûteuse à l'emprunteur est à trois mois: le taux est à 4,87%. A une semaine, il est de 4,07%. Celui à une année est à 4,72%. La courbe s'est donc pratiquement aplatie: légèrement ascendante pour les durées de 30 à 90 jours, descendante pour les durées plus longues. La courbe en francs est, elle, sur une pente régulièrement ascendante. A trente jours, le taux Libor est à 2,67%. Il est à 2,2% à une semaine, et à 2,76% à trois mois.

«L'inversion des courbes de taux souligne la crise de confiance que les marchés traversent. C'est particulièrement le cas au Royaume-Uni, où l'impact des «subprime» a été le plus fort, comme aux Etats-Unis», souligne Roland Duss, économiste à la banque Gonet à Genève. Les prêteurs redoutent particulièrement une hausse des défauts sur les prêts accordés pour des échéances à la fin de l'année.