La situation se détériore pour la Banque d'Angleterre (BOE). Coincée depuis des mois entre des pressions inflationnistes et un ralentissement de la croissance, elle doit chercher à résoudre deux problèmes contradictoires. Mais le «dilemme» s'est encore accentué: dans son rapport trimestriel sur l'inflation, la banque centrale britannique a reconnu hier que la croissance ralentissait plus que prévu, et que l'inflation s'accentuait.

Les projections centrales de la banque d'Angleterre prévoient désormais une croissance de seulement 1% d'ici à la fin de l'année, tandis que l'inflation frôlera 4%, soit deux fois plus que l'objectif officiel. En février, les prévisions étaient respectivement autour de 1,8% et 3%.

«Le comité de politique monétaire fait face au challenge le plus difficile de son existence (il a été créé il y a 11 ans, ndlr), reconnaît Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre. Pour l'instant, la «belle décennie» est terminée. Le cycle de crédit s'est retourné. Le prix des matières premières augmente. Nous sommes sur une route cabossée pendant que l'économie se rééquilibre.» Le pire n'est pas écarté: «Un ou deux trimestres de croissance négative sont possibles, même si ce n'est pas notre projection centrale.»

Pas de précipitation

Mervyn King reconnaît aussi qu'il va être obligé d'écrire à plusieurs reprises au chancelier de l'Echiquier, comme le contraint la loi quand l'inflation dépasse 3%. Et, contrairement à l'an dernier, quand une seule lettre avait suffi avant que l'inflation ne repasse sous ce chiffre symbolique, «il est probable que je doive écrire plusieurs lettres».

Mais le gouverneur veut croire qu'il ne sert à rien de se précipiter pour contrôler l'inflation. Selon lui, la hausse des prix provient avant tout d'une inflation importée par la flambée du pétrole et la hausse de l'alimentaire. S'attaquer durement à l'inflation - par exemple en augmentant les taux d'intérêt - n'aurait que peu d'effet, tout en écrasant l'économie. Mervyn King préfère préconiser la patience, et il ne vise un retour autour de l'objectif de 2% que vers 2010, voire 2011.

Dans le même temps, l'économie réelle est en plein ralentissement. Les mauvaises statistiques se succèdent: le nombre de chômeurs a augmenté pour la troisième fois de suite en avril; la consommation n'a progressé que de 1% sur les douze derniers mois; les saisies immobilières ont progressé de 17,5% depuis un an, même si elles restent très inférieures à celles des années 1990...

«Le rapport trimestriel sur l'inflation est assez déprimant, commente Howard Archer, économiste à Global Insight. Cela montre à quel point le travail de la Banque d'Angleterre est difficile en ce moment.» Selon lui, cela signifie qu'une nouvelle baisse des taux d'intérêt dès le mois prochain est improbable. Il table cependant sur deux coupes d'ici au premier semestre 2009, faisant suite aux trois baisses effectuées depuis décembre dernier. La corde raide sur laquelle marche actuellement la Banque d'Angleterre n'autorise aucun dérapage.