Quel financier n'a pas un jour rêvé de devenir Gordon Gecko, star emblématique du film «Wall Street» et symbole des années fastes de la place financière? Joué par Michael Douglas, Gordon Gecko est un «investment banker», ou banquier d'affaires. La banque d'investissement demeure l'activité la plus rémunératrice du secteur financier et est censée attirer la fine fleur de la profession. Mais au fait, que fait un banquier d'affaires?

L'activité regroupe une vaste diversité de métiers, les principaux étant le conseil, notamment en fusions et acquisitions (M&A), la levée de capitaux (IPO, obligations) et le trading/courtage.

L'histoire récente de la profession a été marquée par la succession de bulles spéculatives. Il y a d'abord eu l'explosion des fusions et acquisitions entre la fin 1998 et le milieu de l'année 2000. Puis l'envolée des marchés actions entre 1999 et 2000. Enfin, depuis 2002, les taux bas ont entraîné une poussée dans les activités de refinancement (par exemple les «asset backed securities») et dans les émissions obligataires (+97%) qui ont atteint le chiffre record de 16000 milliards de dollars au deuxième trimestre 2004. A l'instar des obligations, le trading sur les matières premières et les devises a été le catalyseur de croissance le plus récent. La banque d'affaires de Credit Suisse (CSFB) a notamment enregistré une hausse de ses revenus en trading obligataire de 33% par rapport au deuxième trimestre. Mais comme toute belle histoire a une fin, la banque d'investissement devrait s'essouffler.

Les entreprises, qui ont déjà refinancé leurs dettes à des taux historiquement bas, ne devraient plus émettre d'obligations au même rythme que ces trois dernières années. De plus, un amoindrissement de la croissance chinoise pourrait affecter les revenus liés au trading des matières premières. D'où viendra alors la croissance?

Elle ne devrait provenir ni des métiers liés aux actions, ni des activités de conseil, tous deux fortement corrélés à la croissance économique américaine. Dans cet environnement, seules les banques capables de coupures drastiques dans les coûts tireront leur épingle du jeu.

Dans ce domaine, UBS nous apparaît nettement mieux positionnée que CSFB. En effet, alors que les coûts opérationnels représentent 74% des revenus du troisième trimestre de la banque d'investissement d'UBS, ce ratio d'efficience explose à 91% quand ils sont rapportés à l'échelle de sa rivale. Malgré les promesses récurrentes de la direction, la situation ne semble pas s'améliorer; le ratio d'efficience s'étant même dégradé par rapport à 2003 passant de 86% en 2003 à 87,5% depuis le début de l'année. Qu'en est-il de la profitabilité par rapport à la banque privée? Là encore le banquier d'affaires au Credit Suisse est moins rentable que son collègue de la banque privée avec des marges opérationnelles moyennes depuis 2002 de 7% et 38% respectivement. CSFB coûte clairement trop cher par rapport à ce qu'elle génère. Le groupe suisse n'a donc plus le choix et devra revoir plus sérieusement sa structure de coûts.

Les Gordon Gecko du CSFB vont donc devoir apprendre à vivre avec un salaire qui s'aligne davantage sur ceux de la branche. Le métier a d'ailleurs perdu de son lustre, n'attirant plus que 10% des meilleurs élèves des MBA américains contre près de 16% en 1998 selon un sondage de Business Week. La banque d'affaires doit elle alors se réinventer? Peut-être, à moins qu'elle ne parvienne à nous entraîner dans une nouvelle bulle.