Rafler 10% du marché bancaire en Amérique latine et 5% au Brésil. Tel est l'objectif de l'ogre espagnol BSCH (Banque Santander Central Hispano). Ce dernier est à deux doigts de relever un tel défi, ayant calmé sa faim mercredi avec l'acquisition du Grupo Meridional au Brésil. Désormais, la BSCH détient 8% du marché latino-américain. Au Brésil, où elle atteint 3%, la voici propulsée au huitième rang dans le «hit-parade» des institutions financières, trois ans après l'entrée de Santander sur ce marché.

La BSCH voit ses actifs dans ce pays passer de 11,4 milliards à 18,8 milliards de francs suisses et son réseau, auparavant constitué de 364 agences, en comporte aujourd'hui 704. «Avec la crise financière en Amérique latine qui a jeté un froid parmi les investisseurs, la BSCH avait freiné ses ambitions, analyse le consultant Luis Miguel Santacreu (Austin Assis). Le brusque réveil de l'économie brésilienne a incité ce groupe bancaire à repartir au combat.» C'est donc vers Julio Bozano, le patriarche contrôlant le Grupo Meridional, que les Espagnols se sont tournés. Le Carioca Bozano fait partie du panthéon bancaire brésilien. En 40 ans, cet architecte a créé l'un des conglomérats économico-financiers les plus dynamiques de son pays. «La banque d'investissement Bozano Simonsen, jouissant d'un prestige international, s'est mise à travailler avec divers fonds de pension», poursuit Luis Miguel Santacreu.

En 1988, le passionné d'équitation qu'est Bozano a cru miser sur un bon cheval en acquérant une banque publique de détail, le Meridional, fortement implantée dans l'Etat de Rio Grande do Sul. Outre l'équipe de premier plan œuvrant au sein de Bozano Simonsen, la BSCH était intéressée par ce réseau bancaire et elle n'a pas hésité à payer – selon les rumeurs – 1,25 milliard de francs.

Une paille, par rapport à la capitalisation de 61,5 milliards de la BSCH! «En acquérant le Meridional puis en le revendant à un tel prix deux ans plus tard, Julio Bozano a fait une bonne affaire», s'exclame le banquier suisse Kurt Pickel. Le Carioca ne se retire pas de la scène économique pour autant, conservant la gestion de la partie industrielle de son empire. Il a investi notamment dans l'aéronautique: associé à deux fonds de pension, il possède 85,5% d'Embraer.

Nombre d'observateurs voient dans cette offensive de la BSCH l'amorce d'une accélération des fusions-acquisitions sur le marché bancaire brésilien où les étrangers s'octroient déjà 40% des actifs du secteur privé. Presque toutes les grandes banques d'investissement sont tombées dans l'escarcelle de multinationales.

«L'invasion étrangère» fustigée

L'universitaire Alberto Borges Matias prévoit la disparition de plusieurs enseignes incapables de s'adapter à la nouvelle conjoncture. «Les banques ont surmonté la disparition de l'inflation dont elles avaient si longtemps fait leur beurre en profitant des taux d'intérêt élevés imposés par le gouvernement.» Elles bénéficiaient ainsi d'une sorte de rente. Au fur et à mesure que les taux baisseront, elles perdront une de leurs principales sources de profit. Ne survivront que les institutions douées d'une masse critique importante et proposant des produits susceptibles d'allécher la clientèle. Voilà pourquoi les patrons de grands groupes nationaux fustigent «l'invasion étrangère». Le britannique HSBC et le portugais Caixa General de Depositos, deux nouveaux venus au Brésil, se plaignent d'avoir enregistré une croissance de leurs actifs trop faible. «Il leur a d'abord fallu résoudre les problèmes des institutions qu'ils ont acquises», explique un banquier français. «Mais d'ici peu de temps, grâce aux atouts technologiques dont ils bénéficient, estime Luis Miguel Santacreu, les étrangers vont pouvoir entamer une guerre des tarifs que certaines banques brésiliennes seront incapables de soutenir.» La moitié de la population ne possédant pas encore un compte bancaire, de nombreuses institutions ont demandé à la Banque centrale l'autorisation d'étoffer leur réseau. Ennemi juré de la BSCH, l'espagnol BBV (Banco Bilbao e Vizcaya) prévoit d'ouvrir pas moins de 900 agences!

C'est précisément en raison de son réseau important (571 agences) concentré dans le sud du pays que la Banque de l'Etat de São Paulo (Banespa) suscite la convoitise d'au moins huit institutions, parmi lesquelles les deux rivaux espagnols.

La privatisation de ce géant aura lieu le 16 mai. L'acquisition faite par la BSCH mercredi augmente donc les chances de celle-ci dans la bataille, impitoyable, qui se prépare.