France

Comme la Banque de France, Euronext sera dirigé par un ancien conseiller de DSK

Ce lundi, Stéphane Boujnah prend les commandes du principal opérateur boursier de la zone euro. Un poste économique clef de plus confié, en France, à un proche de Dominique Strauss-Kahn

Génération Mitterrand, écurie DSK: la carte de visite politique du nouveau patron de l’opérateur boursier européen Euronext (Bourses de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne) pourrait se résumer à ces quatre mots. A 51 ans, l’ex militant de SOS Racisme et banquier d’affaires Stéphane Boujnah, qui prend ses fonctions ce lundi, confirme que le clan des ex-collaborateurs de l’ancien patron du Fond Monétaire International (FMI) reste incontournable dans les rouages de l’économie française.

Sa nomination suit de peu l’arrivée, le 1er octobre, de François Villeroy de Galhau comme gouverneur de la Banque de France. Agé de 56 ans, ce dernier avait dirigé, de juin 1997 à novembre 1999, le cabinet de Dominique Strauss-Kahn, ministre français des finances dans le gouvernement de gauche de Lionel Jospin. Un cabinet composé d’une dizaine de hauts fonctionnaires d’élite, trés vite surnommée la «dream team «de Berçy – le siège parisien du ministère – par la presse, et dont DSK aurait sans doute fait sa garde rapprochée dans sa course à la présidentielle, avortée à la suite du scandale du Sofitel New-York, le 14 mai 2011.

Interrogés, les intéressés n’esquivent pas le sujet. Le parcours controversé de leur ancien patron depuis son retour des Etats-Unis, la faillite de son fonds d’investissement LSK en novembre 2014 n’ont pas gommé leurs meilleurs souvenirs. «Sans ces deux années aux côtés de DSK, nous n’aurions pas fait le même parcours. Il était une formidable locomotive. Tout lui réussissait «avouait en 2014 au Temps François Villeroy de Galhau, alors numéro trois de BNP-Paribas et auteur de «L’espérance d’un européen «(Ed. Odile Jacob). D’autant que la locomotive n’a jamais décroché les wagons. Stéphane Boujnah, le nouveau patron d’Euronext, a longtemps continué d’alimenter en notes son ancien patron, au fil de ses passages à Crédit Suisse First Boston (2000-2002), puis Deutsche Bank (2005-2010). Le nom de François Villeroy, réputé pour ses qualités d’organisateur, était déjà cité comme un potentiel secrétaire général de l’Elysée, lorsque DSK semblait être le socialiste le mieux placé pour conquérir la présidence de la République. Jean Pisani-Ferry, patron de l’ancien Commissariat au plan rebaptisé France Stratégie, occupe à Paris les bureaux voisins de l’Ambassade de Suisse auprès de l’OCDE. Cet économiste passionné d’Europe, fondateur du think-tank Bruegel à Bruxelles, aurait fait un «sherpa «économique parfait pour un président-DSK. Adjoint de Villeroy à Berçy à l’époque DSK, Frédéric Lavenir, passé fin 2012 de BNP-Paribas à la présidence de l’assureur CNP, aurait, lui, sans doute pris les rènes d’une grande entreprise d’Etat.

«Début 2011, avant sa chute au Sofitel, nous espérions tous plus ou moins un coup de fil de sa part se souvient un membre de la «dream team «aujourd’hui de retour à Bercy. La force de Strauss-Kahn est que, même loin de Paris, il n’a pas rompu les liens. Il se savait meilleur entouré d’une meute". La meute en question lui a donc survécu. Mais avec quels regrets de l’avoir vu sombrer dans cette fatale Suite 2806, face à la femme de chambre Naffissatou Diallo! «Tous se sont sans doute dit que ses frasques sexuelles n’auraient pas dégénéré ainsi s’ils avaient continué de l’entourer «poursuit un proche du Commissaire européen Pierre Moscovici, longtemps bras droit de «Strauss". Regrets? Notre interlocuteur à Bercy acquiesce: «Leur réponse unanime est non, mais bon… Personne ne se réjouit de la perçée d’Emmanuel Macron". L’actuel ministre français de l’économie, agé de 37 ans, venait de passer son baccalauréat et n’avait pas encore intégré l’Ecole nationale d’administration (ENA) lorsque DSK et sa «dream team «négociaient, à Berçy, l’avènement des 35 heures hebdomadaires avec la ministre du travail Martine Aubry. Hier conseiller politique de Strauss-Kahn à Bercy, aujourd’hui directeur général de la Fondation Jean Jaurés, le laboratoire d’idées du PS, Gilles Finchelstein illustre l’inquiétude de cette génération devant les changements en cours: «Je ne suis pas d’ordinaire dans la déploration écrit-il en préface de l’étude tout juste publiée «Karim vote à gauche et son voisin FN «(Ed de l’Aube). Mais je dois reconnaître que je n’aime pas le tour pris, en France, par le débat public".

Ces DSK Boys sont presque tous énarques. Plusieurs, comme le numéro deux du Crédit Mutuel Nicolas Théry (promu à ce poste en décembre 2014) ou Frédéric Lavenir, ont aussi fait HEC, l’école où leur mentor fit ses classes avant son agrégation d’économie. Leur principal grief envers l’actuel gouvernement? L’abandon de la social-démocratie au profit d’un social-libéralisme «à la Macron", bien moins idéaliste et beaucoup plus individualiste. L’exemple type est Mathieu Pigasse le vice-président de la banque Lazard Europe, signataire en juin d’une tribune au vitriol avec l’ancien ministre Arnaud Montebourg pour décrier «une France qui va au désastre". «DSK est, sur le plan économique, davantage l’héritier de Michel Rocard explique l’économiste Pierre Alain Muet, aujourd’hui député PS. Il avait rallié sa «Dream Team «de Bercy à l’idée d’un Etat fort compatible avec le marché". Les disciples d’Emmanuel Macron sont à l’inverse accusés de voir plus l’Etat comme un arbitre que comme un levier. Bref, d’avoir abdiqué l’idée d’une gauche politique capable d’imprimer sa marque sur l’économie: «Je m’étais dit, avec la nostalgie des années DSK, qu’on allait revivre un truc formidable avec l’arrivée d’Hollande à l’Elysée en 2012. Or je me suis planté «confiait récemment, amer, un ancien collaborateur du patron du FMI au quotidien économique Les Echos.

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