Depuis le début de l’année, la banque Hinduja a licencié dix-huit collaborateurs, actifs directement et indirectement dans le financement du commerce international. Le petit établissement genevois se retire de cette activité dans laquelle il s’était diversifié en 2009-2010, suite à la disparition du secret bancaire. Un plan social a été mis sur pied et les 80 collaborateurs restants ont à nouveau été informés cette semaine de la nouvelle stratégie. Ceux à qui nous avons parlé dans le cadre de cet article se sont dit inquiets quant à l’avenir de la banque.

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Dans un premier temps, Hinduja avait connu un succès rapide dans le financement du négoce international. Avec seulement six spécialistes du «trade finance» et des pointures du secteur au conseil d’administration, cette activité a rapporté près de la moitié des bénéfices de l’établissement de la place de la Fusterie lors de l’année record 2012, soit quelque 3,25 millions de francs.

La situation s’est nettement détériorée l’an dernier, lorsque le financement du négoce a connu deux accidents. Dans un cas, une cargaison de grains a disparu en Turquie. Une malversation locale, selon le directeur générale d’Hinduja, Gilbert Pfaeffli, qui précise qu’une procédure juridique est en cours contre le prestataire de service qui devait contrôler l’existence de la marchandise et contre son assureur: «Nous sommes impactés ainsi que d’autres banques qui avaient participé à cette opération».

La raffinerie marocaine en mains saoudiennes

L’autre dossier est plus complexe. Avec d’autres banques, Hinduja avait financé l’unique raffinerie du Maroc, la SAMIR, détenue par le milliardaire saoudien d’origine éthiopienne, Mohamed Al Amoudi. Des difficultés financières ont provoqué l’arrêt de l’exploitation en août 2015, puis la faillite de l’entreprise, qui se trouve aujourd’hui au milieu d’un bras de fer entre son propriétaire et le gouvernement marocain. La SAMIR doit 20 millions de dollars à Hinduja, qui est l’un de principaux créanciers aux côtés de BNP Paribas, l’un des grands acteurs du financement du négoce international, ou Crédit Agricole.

Au total, ces deux dossiers ont coûté 25,4 millions de francs à la banque Hinduja à Genève. La somme a été provisionnée dans les comptes 2015 et explique en grande partie la perte opérationnelle de 31,5 millions. La banque a néanmoins enregistré un bénéfice net de 1,8 millions en 2015, grâce aux 45 millions de franc injectés par la famille Hinduja. Pour la 8ème fois depuis 2004, l’établissement affichait un bénéfice grâce à des revenus extraordinaires, la plupart du temps issus des bénéfices des filiales et sortis de la poche de son unique actionnaire l’an dernier.

Suite à ces deux épisodes, la famille Hinduja a décidé de sortir du financement du commerce international, considéré comme trop risqué bien que rémunérateur. Le bateau ne s’est pas immédiatement stabilisé pour autant.

Le nouveau directeur général reste deux mois

Arrivé à l’âge de la retraite, le directeur général en place depuis 2011, Charles de Boissezon (ancien de la banque Galland notamment), devait être remplacé par Soren Mose, l’ex-patron de Saxo Bank Suisse. Recruté en février, ce dernier (qui n’a pas répondu à nos sollicitations) quittera Hinduja deux mois plus tard.

La greffe n’a pas pris entre ce spécialiste de la banque en ligne, décrit en interne comme froid et directif, et le fonctionnement familial d’Hinduja, dont le conseil d’administration compte deux des quatre frères milliardaires dirigeant le conglomérat indien (lire ci-dessous).

Le poste est finalement attribué à l’expérimenté Gilbert Pfaeffli, connu pour avoir redressé la banque Anker à Lausanne après avoir passé 32 ans chez UBS. Ce colonel de l’armée était déjà actif au sein d’Hinduja depuis plusieurs mois. L’ensemble du comité de direction a aussi été remodelé entre l’automne 2015 et mi-2016, tandis que la filiale lucernoise, où était effectué le back office, a été fermée en fin d’année dernière.

Ces difficultés ont attiré l’attention de la Finma, qui a déclenché une procédure à l’encontre d’Hinduja, exigeant notamment un audit supplémentaire. Avec, selon nos sources, deux objectifs: s’assurer que la banque n’est pas exposée à d’autres dossiers explosifs et qu’elle met bien en application les recommandations formulées par le gendarme des marchés. «Il est tout à fait normal que la Finma accorde une attention renforcée à une banque en restructuration profonde, tant en terme d’activités qu’au niveau du personnel, et qui traverse une période difficile», glisse le directeur Gilbert Pfaeffli.

Focus sur les marchés suisse et indien 

A l’interne, les collaborateurs d’Hinduja ont reçu la consigne que la banque devait être totalement en ordre d’ici la fin de l’année. Après ces mois agités, ils ont à nouveau été briefés ce mercredi sur la nouvelle stratégie de la banque, autour d’un café-croissants.

La banque genevoise est donc dorénavant active dans le seul métier de la gestion de fortune, mais ses actifs d’environ 2,3 milliards de francs, sont insuffisants pour un établissement de 80 personnes. « La croissance des avoirs sous gestion passera par le recentrage sur les marchés suisse et indien, où le nom de la famille est très connu, reprend Gilbert Pfaeffli. Ce sera notre grand chantier pour 2017 et notre équipe de dix personnes à Dubai, qui a elle aussi changé, jouera un rôle déterminant. Des acquisitions sont également possibles». Une vente de la banque Hinduja est en revanche «totalement exclue», conclut-il.


La fratrie Hinduja : SP, PP, GP et AP

«Je ne pense pas que la Suisse pourra maintenir son importance dans la gestion de fortune; les grandes fortunes de la planète se tournent vers Dubai, le Qatar et Singapour». Fin juillet, cette déclaration de Gopichand Hinduja, l’un des quatre frères milliardaires à la tête du conglomérat indien fondé par leur père, a beaucoup surpris venant d’un des actionnaires de la banque Hinduja à Genève. Connu sous le diminutif de «GP» (prononcé «Djipi») et basé à Londres, Gopichand Hinduja est co-président du groupe familial, présent notamment dans la finance, l’informatique ou l’automobile sur les cinq continents. Àgé de 76 ans, il est crédité pour avoir donné au conglomérat sa dimension mondiale. Son frère aîné, Srichand P. Hinduja – alias «SP» («Espi») - fait figure de patriarche. Il est président du groupe et de la banque genevoise de la famille, dont est également administrateur leur plus jeune frère, Prakash - «PP» («Pipi»), qui dirige les opérations européennes du groupe depuis Cologny et Monaco. Le cadet de la famille à la fortune estimée de 14 milliards de francs, Ashok P Hinduja - «AP» («Aipi»), - dirige pour sa part les activités en Inde.