Une nouvelle banque suisse s’est installée à Hongkong. Jeudi, Union bancaire privée (UBP) a annoncé avoir finalisé la reprise de Coutts en Asie, un peu plus d’un an après le rachat de cette banque à Royal Bank of Scotland. En février dernier, UBP a reçu de l’autorité monétaire sa licence bancaire. La semaine passée, le gendarme de la bourse lui a à son tour donné son agrément. Les activités peuvent donc commencer.

Présent à Hongkong pour la nouvelle, le directeur général Guy de Picciotto a indiqué que les avoirs sous gestion dans la région ont ainsi décuplé, à 14 milliards de francs. Au 31 décembre 2015, sa banque gérait un total de 110 milliards. L’Asie compte donc pour près de 13% de cette masse, ce qui fait d’UBP une des banques genevoises les plus présentes dans la région. A titre de comparaison, sur les 160 milliards gérés par Lombard Odier, moins de 5% sont en Asie, indiquait l’été passé le responsable de son entité à Hongkong.

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Les effectifs ont aussi grossi. Plus de 330 de ses 1450 employés se trouvent entre Hongkong et Singapour, ces deux principaux centres, ainsi que Shanghai, Taipei et Tokyo. UBP était présente à Hongkong, sans licence bancaire, depuis 1990. «La croissance restait organique, a relevé Michel Longhini, responsable des activités de banque privée du groupe. Avec Coutts, nous avons pris un gros raccourci.» Les autres activités de Coutts, notamment en Suisse, ont été intégrées en octobre dernier.

L’Asie séduit UBP parce que «même si elle décélère, elle reste la partie du monde où la croissance est la plus forte», a constaté Guy de Picciotto. Il estime que le marché qu’il vise, fait de gestion de fortune, d’abord à Singapour, et de gestion d’actifs, le point fort de Hongkong, croît de 10% par année. Une croissance tellement élevée, «que nous n’arrivons pas à trouver suffisamment de banquiers pour pouvoir totalement la suivre!», s’est-il amusé.

La semaine dernière, Hongkong a cédé son rang de troisième place financière mondiale à Singapour, selon le classement de Z/Yen. Guy de Picciotto ne s’en inquiète pas: «Il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle. Chacune de ces deux places présente un important potentiel de croissance.»

«Rentabilité moindre qu’en Suisse»

Le marché croît, mais pour l’instant «la rentabilité y est moindre qu’en Suisse», reconnaît Michel Longhini. La plus grande part des 152 millions de francs de bénéfices opérationnels réalisés l’an passé vient encore de Suisse. «Mais c’est parce que nous sommes en phase d’investissement», relativise-t-il.

L’an dernier, UBP a aussi mis les pieds à Shanghai, en y créant une coentreprise. Spécialisée sur le marché des actions chinoises, l’entité y gère à présent 500 millions de dollars pour des clients de Chine, et 100 millions pour des investisseurs établis à l’étranger. «Un beau résultat», a souligné Michel Longhini alors que la bourse s’est effondrée de 40% au cours de l’été passé.

Depuis dix jours, Hongkong fait aussi la Une pour son rôle révélé par les Panama Papers. Guy de Picciotto se veut rassurant. «J’ai confiance dans la qualité des clients qu’avait Coutts. Je ne crois pas que cette affaire affectera les banquiers. Voici déjà plusieurs années que nous sommes passés à une nouvelle ère.» En janvier, UBP a payé 187,7 millions de dollars à la justice américaine dans le cadre du programme de régularisation fiscale. Aujourd’hui, le banquier genevois souhaiterait en revanche «que l’attention se porte sur les Etats-Unis. Dans l’Iowa ou le Delaware, il est toujours possible de créer des structures sans que les ayants droit économiques ne soient connus.»

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