Presque neuf ans après son sauvetage par l’Etat britannique, Lloyds Banking Group est sur le point de redevenir entièrement un groupe privé. Le contribuable ne possède désormais plus que 0,25% de participation, qui doit être vendue «probablement la semaine qui vient, ou au plus tard la semaine suivante», d’après le porte-parole du groupe.

Au passage, l’Etat va empocher une très légère plus-value. «Le contribuable va récupérer au moins 500 millions de livres (650 millions de francs) de plus que ce qu’il avait mis au départ», expliquait jeudi, lors de l’assemblée générale annuelle, le directeur général du groupe, Antonio Horta-Osorio. Une somme limitée par rapport aux 20,3 milliards de livres (26,2 milliards de francs) injectés initialement, mais qui vient conforter la décision de l’Etat britannique d’être intervenu.

133 milliards de livres sterling

Octobre 2008. Les marchés sont en pleine panique, quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers. Prenant tout le monde par surprise, le premier ministre Gordon Brown et son chancelier de l’Echiquier Alistair Darling annoncent un grand plan de sauvetage des banques. Au total, l’Etat britannique va finalement mettre 133 milliards de livres (171 milliards de francs) sur la table.

Deux banques en bénéficient particulièrement: Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group. Cette dernière n’existe d’ailleurs pas encore tout à fait. Elle est le produit de la fusion entre Lloyds TSB et Halifax Bank of Scotland (HBOS), annoncée le mois précédent mais pas encore effective. En temps normal, le rapprochement aurait été bloqué pour des raisons de position dominante: ensemble, les deux groupes gèrent plus du quart des prêts immobiliers du Royaume-Uni. Mais HBOS était sur le point de s’écrouler, son cours de bourse avait perdu plus de 80% de sa valeur. L’Etat a décidé d’utiliser une clause d’exception pour laisser le nouveau groupe se constituer.

Avec ce plan de secours, le gouvernement britannique monte au capital de Lloyds Banking Group, prenant 43% de participation, et 81% dans Royal Bank of Scotland. En frappant un grand coup, il réussit l’impossible: les marchés se calment.

Une bonne et une mauvaise banque

Le nettoyage prendra des années. Lloyds Banking Group est un cas relativement simple: le groupe ne souffre pas de produits structurés toxiques ou de paris hasardeux sur les marchés financiers. Il croule simplement sous les mauvaises créances venant de la bulle immobilière britannique. Pendant des années, il a tout simplement prêté de façon trop laxiste, particulièrement aux prometteurs immobiliers.

La direction démarre la restructuration. Elle crée une «bonne banque» et une «mauvaise banque», réduit ses effectifs par milliers, vend plus de 600 agences… Au total, l’établissement supprime 50 000 emplois, portant le total actuel à 75 000. En 2013, le groupe équilibre finalement ses comptes. Tout juste, mais c’est le signe de la reprise. Alléché, l’Etat actionnaire vend une première tranche de participation en septembre 2013. Presque quatre ans plus tard, l’objectif du retour au privé est atteint.

RBS, une autre histoire

L’histoire est en revanche complètement différente pour Royal Bank of Scotland (RBS). Malgré les nombreuses promesses de redressement, les licenciements, les retraits de marchés entiers, la banque continue à accumuler les pertes. Depuis 2008, les comptes n’ont pas été dans le vert une seule année. Au total, les pertes cumulées atteignent 58 milliards de livres (75 milliards de francs).

Contrairement à Lloyds, qui était restée essentiellement sur le marché britannique et la banque de détail, l’établissement avait été pris d’une folie des grandeurs dans les années 2000 dont il ne se remet pas. Première banque du monde en actifs en 2007, RBS n’est aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même. L’Etat en a bien vendu une petite part en 2015, à titre de ballon d’essai. Mais aujourd’hui, il en contrôle toujours 73%. Et toute vente semble impossible: en 2008, l’Etat avait acheté l’action à 502 pence, celle-ci est aujourd’hui à 258 pence. Une cession signifierait une énorme perte.