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La banque LODH estime n'avoir rien à se reprocher sur les comptes d'Arafat

Connexions israéliennes, comptes suisses, placements obscurs: la presse y va de ses enquêtes, comme celle parue dans le «Financial Times», entourant d'un sulfureux nuage les affaires financières du défunt fondateur du Fatah. Contactée par «Le Temps», Lombard Odier Darier Hentsch & Cie s'explique

Passée l'émotion liée au décès de Yasser Arafat le 11 novembre, la question a vite ressurgi: le leader palestinien a-t-il détourné de grosses sommes d'argent?

Certains faits sont établis: Yasser Arafat a placé à l'étranger, entre 1995 et 2000, quelque 900 millions de dollars tirés du budget de l'Autorité palestinienne, sur des comptes que lui seul contrôlait. Toutefois, la majeure partie de cet argent – 800 millions – a été récupérée par l'Autorité en 2003, selon le Fonds monétaire international. Les 100 millions restants auraient été perdus dans de mauvais placements effectués durant cette période par Yasser Arafat et son conseiller financier, le Kurde Mohammad Rachid.

Le nom d'une banque privée genevoise revient souvent: Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH). C'est là que le président palestinien avait placé 230 millions de dollars, son plus grand compte à l'étranger. Pour ce faire, Yasser Arafat et Mohammad Rachid ont recouru aux bons offices de deux ex-agents secrets israéliens, reconvertis en hommes d'affaires: Yossi Ginnosar et Ezrad Lev. «Le fait que la banque ait été approchée par des médiateurs israéliens a effectivement été un élément facilitateur», admet Jérôme Koechlin, porte-parole de LODH, contacté mardi. Les négociations ont eu lieu avec Richard de Tscharner, l'un des douze associés de la banque. D'entrée de jeu, il a obtenu des garanties écrites de l'Autorité palestinienne concernant l'origine et l'utilisation légitimes des fonds, à l'exclusion de toutes fins militaires ou d'agression, dans l'esprit des Accords d'Oslo de 1994.

«Dans ce contexte, et tout au long de la relation, la banque a agi en conformité avec les standards internationaux en matière de «due diligence», assure Jérôme Koechlin. La «due diligence» a notamment compris des visites sur place avec le client potentiel, soit l'Autorité palestinienne, représentée par Yasser Arafat et Mohammad Rachid.»

En avril 1998, la loi sur le blanchiment d'argent (LBA) entre en vigueur en Suisse. Elle durcit les critères d'acceptation des clients à risques. LODH a jugé que l'Autorité palestinienne «a fourni dès 1997 toutes les assurances requises pour ouvrir une relation bancaire à caractère politique, conformément à la législation bancaire applicable.»

En 2000 éclate la deuxième Intifada. Israël accuse Arafat de «soutenir le terrorisme». En octobre 2001, suite aux attentats du 11 septembre, Washington édicte le «US Patriot Act» pour lutter contre le financement du terrorisme. En décembre 2001, LODH met un terme à sa relation avec l'Autorité palestinienne. Par crainte de Washington? «Non, répond Jérôme Koechlin. Plutôt en raison de la dégradation progressive, depuis 2000, de la situation politique liée à la reprise de l'Intifada.»

Financer le terrorisme?

Outre cet important compte, Yasser Arafat avait placé à Genève quelque 50 millions auprès de la filiale de la banque libanaise Audi et de la filiale de la firme londonienne Atlas Capital Group (ex-Soditic Asset Management). Cette dernière avait confié à Credit Suisse la gestion du compte. Contactée mardi, la porte-parole du Ministère public de la Confédération, Andrea Sadecky, indique qu'«il n'y a actuellement aucune enquête ouverte en Suisse au sujet de ces fonds».

La controverse au sujet de la relation entre LODH et Yasser Arafat a surgi en 2002. Ezrad Lev, en rupture de confiance avec l'Autorité palestinienne, a lancé le pavé dans la mare. Dans le quotidien israélien Maariv, il accusait Arafat d'avoir peut-être utilisé les fonds placés chez LODH pour financer le terrorisme. Il invoquait que la banque a autorisé le transfert de 65 millions en août 2001 de ce compte vers la Chase Manhattan à Londres. «Ces allégations de M. Lev sont totalement infondées, répond Jérôme Koechlin. Ce montant a été transféré afin d'acheter des actions d'une filiale d'Orascom Telecom.» Coté au Caire, l'opérateur égyptien de téléphonie mobile a été l'un des meilleurs coups boursiers de Yasser Arafat, rapportant à l'Autorité palestinienne au moins 110 millions de dollars, selon le Financial Times. En 2001, après avoir retiré son argent de LODH et essuyé de lourdes pertes dans des titres technologiques américains, Arafat avait redirigé ses investissements vers le Moyen-Orient, craignant aussi que les avoirs de l'Autorité ne soient gelés. Il avait investi 285 millions de dollars, ou le quart des avoirs de l'Autorité, dans Orascom, à travers la holding Palestine Commercial Services (PCSC).

En 2002, Arafat a cédé le contrôle de PCSC à un véhicule officiel du Ministère des finances, le Palestine Investment Fund (PIF), qui contrôle aujourd'hui les 800 millions de l'Autorité. Mais l'administration de Mahmoud Abbas poursuit l'enquête pour mettre au jour d'autres investissements éventuels de Yasser Arafat.