Les taux négatifs et une croissance ralentie sur le marché hypothécaire n’ont pas empêché la Banque Migros d’augmenter légèrement son bénéfice net l’an dernier. En 2015, la filiale bancaire du géant orange a accru son bénéfice net de 0,5% à 226,3 millions de francs. L’introduction, fin 2014, par la Banque nationale suisse (BNS) de taux d’intérêt négatifs sur les avoirs en compte de virement détenus par les établissements auprès de l’institut d’émission n’a pas constitué un environnement de marché propice pour un établissement essentiellement actif dans la banque de détail.

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Suite à la décision de la BNS, les frais de couverture du bilan destinés à se prémunir contre une éventuelle hausse des taux ont sensiblement augmenté, pesant aussi sur le résultat des opérations d’intérêts, la principale source de revenus de la filiale du groupe Migros, a expliqué son directeur général, Harald Nedwed, lors de la présentation des résultats pour 2015 mardi à Zurich. Ce dernier a estimé le coût de cette couverture à un montant «à deux chiffres en millions». Le résultat net des opérations d’intérêt a chuté de 5% à 460,1 millions. Un recul qui n’a pu être que partiellement compensé par le rebond des revenus des opérations de commissions (+6,3% à 87,8 millions) et celles de négoce (+9,2% à 38,9 millions).

Prudence avec les hypothèques

Graphiques à l’appui, Harald Nedwed a souligné la croissance plus faible des créances hypothécaires octroyées par l’établissement en comparaison d’autres catégories d’instituts, comme Raiffeisen ou les banques cantonales. De plus, 97% des prêts hypothécaires octroyés par la Banque Migros correspondent à des hypothèques de premier rang. La part de l’immobilier commercial, plus exposé en cas de ralentissement conjoncturel, ne représente, elle, que 3% de l’ensemble du portefeuille hypothécaire.

Frais de gestion abaissés pour les avoirs gardés en cash

Les taux négatifs sont aussi une source de difficultés nouvelles dans les activités de gestion de fortune. Un mandat de gestion de type «équilibré» proposé par l’établissement comprend typiquement principalement des actions (45%), des obligations (35%), des placements alternatifs (15%) et des liquidités (5%). Depuis 2015, l’établissement a revendu toutes les obligations en francs et en euros affichant un rendement négatif à l’échéance. Problème: les titres obligataires revendus ne peuvent pas être réinvestis indéfiniment en actions. Pour y remédier, une large partie de ces avoirs a été replacée dans un compte de mandat rémunéré à un taux d’intérêt préférentiel. De plus, la banque a abaissé les frais de gestion en conséquence. En attendant un «retour à la normale» des rendements sur le marché des capitaux, la Banque Migros ne facture pas de frais de gestion pour la part des liquidités dépassant la quote-part de 5% visée à long terme pour ce type de portefeuille. Une promesse qui a valeur d’engagement, insiste son directeur.

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L’établissement ne prévoit pas de répercuter les taux négatifs aux épargnants. Ceux-ci profitent d’une forme de subvention qui est financée par les frais plus élevés prélevés chez les preneurs d’hypothèques. «Même si certains épargnants s’offusquent des taux zéros, ils profitent toutefois du fait qu’ils bénéficient d’une forme de subvention croisée de la part des preneurs d’hypothèques», a mis en perspective Harald Nedwed.

Une nouvelle filiale genevoise

Avec l’ouverture d’un nouveau site à Meyrin-Vernier prévue le 22 janvier, le réseau de la Banque Migros comptera désormais 66 succursales, comparé à 45 sites en 2008. Pourquoi la banque continue-t-elle d’étendre son réseau alors que d’autres réduisent le nombre de leurs filiales? Pour Harald Nedwed, l’institut part d’une situation très différente de celle d’autres catégories d’établissements, comme les banques cantonales ou Raiffeisen qui disposaient d’un réseau beaucoup plus dense en Suisse. Le réseau de filiales de la Banque Migros est désormais «plus ou moins complet», estime-t-il.

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