C’est l’heure de vérité pour la banque Monte dei Paschi di Siena (BMPS) qui est plongée dans une crise sans précédent et dont l’action a dégringolé de 85% depuis janvier dernier. Au moment d’aller sous presse, le gouvernement italien était réuni jeudi soir pour définir un plan de sauvetage avec des fonds publics. Des analystes évoquent une nationalisation pure et simple.

La veille, les deux chambres du Parlement italien avaient autorisé un emprunt de 20 milliards d’euros pour venir en aide à l’ensemble du secteur bancaire du pays qui regroupe 700 établissements. «Une mesure de précaution pour faire face à d’éventuelles difficultés», a déclaré Pier Carlo Padoan, le ministre des Finances.

La banque BMPS est plus particulièrement au centre des inquiétudes en raison du poids des créances douteuses qui ne seront probablement pas remboursées. En juillet, la Banque centrale européenne (BCE) lui avait, dans le cadre de la supervision bancaire dans la zone euro, intimé d’assainir son et d’augmenter son capital au plus tard le 31 décembre 2016. Ou de cesser ses activités.

Echec de la recapitalisation

C’est précisément là où le bat blesse. Malgré plusieurs opérations de charme, la BMPS n’a pas réussi à mobiliser des investisseurs. La dernière tentative a eu lieu cette semaine. Elle s’était fixé l’objectif de lever cinq milliards d’euros en capitaux frais ou par une conversion volontaire d’obligations en actions. La banque avait beaucoup misé sur une participation du fonds souverain de Qatar. En vain. Lorsque l’échéance est échue jeudi, elle n’avait récolté que deux milliards.

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Cet échec a obligé l’Etat italien à prendre les devants et à obtenir l’autorisation de contracter l’emprunt de 20 milliards d’euros et donc de décider d’un plan de sauvetage. Cette somme concerne certes BMPS, mais aussi de nombreuses banques italiennes qui ont accumulé 360 milliards de dettes pourries. A elles seules, les banques italiennes représentent un tiers de l’ensemble des dettes bancaires pourries au sein de la zone euro. La première banque italienne Unicredit ambitionne de lever 13 milliards d’euros au début de l’année prochaine.

Inquiétudes des épargnants

En attendant le plan de sauvetage de la plus ancienne banque au monde et troisième établissement italien en termes d’avoirs, l’angoisse monte chez quelque 40 000 de ses clients dont les dépôts ont été convertis en obligations BMPS, mais sans qu’ils soient mis au courant des risques. Or un sauvetage avec des fonds publics implique le respect de certaines règles européennes mises en place dans le cadre de l’Union bancaire, un mécanisme visant à renforcer la solidité des banques dans la zone euro. Notamment celles qui veulent que les actionnaires, les détenteurs d’obligations et les créanciers de banques sauvées soient mis à contribution. Le renflouement interne (bail-in) doit précéder l’injection de l’argent public (bail-out), l’idée étant que les contribuables soient la dernière source de recapitalisation des banques malades.

Traditionnellement, les ménages italiens investissent, par les biais de leurs comptes d’épargnes, dans les obligations. Selon l’agence Bloomberg, cette participation dans les capitaux des banques a toutefois diminué ces dernières années, passant de 360 milliards d’euros en décembre 2012 à 163 milliards en juin 2016.

L’an dernier, le sauvetage de quatre banques avait entraîné des lourdes pertes pour des épargnants, donnant lieu à des manifestations et même à un suicide. Ainsi, le gouvernement italien ne doit pas seulement gérer l’inquiétude des petits épargnants, mais il doit également observer la discipline prescrite par l’Union bancaire. Celle-ci a refusé de prolonger le délai fixé au 31 décembre 2016 pour la recapitalisation de BMPS.