C’était le thème du jour. L’inflation, qui rebondit dans de nombreux pays du monde, a aussi occupé les débats de la Banque nationale suisse (BNS), qui publiait jeudi son examen de la situation monétaire. En réalité, l’institution est plutôt «contente» que le renchérissement soit revenu dans un territoire positif depuis avril. L’an dernier, l’indice des prix à la consommation avait reculé de 0,7%.

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Alors que certains pays, comme les Etats-Unis (5% en mai), observent des flambées, l’inflation en Suisse n’est pas dans la zone rouge, elle reste même «très faible», selon les propos de Thomas Jordan, président de la BNS, lors d’une conférence de presse à Berne.

Pétrole, tourisme et chaîne d’approvisionnement

Le Biennois comme les autres membres de la direction, Andréa Maechler et Dewet Moser (qui remplaçait Fritz Zurbrügg), se sont néanmoins longuement attardés sur cet indicateur. «Il devrait continuer à augmenter dans le courant de l’année, puis diminuer de nouveau quelque peu», a annoncé Thomas Jordan. Les raisons? «L’augmentation des prix tant des produits pétroliers et des services liés au tourisme que des biens pour lesquels l’approvisionnement est difficile», a-t-il ajouté.

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«Toutefois, les conséquences de la pandémie pèseront encore un certain temps sur la demande. L’utilisation des capacités de production mondiales ne devrait donc se normaliser que progressivement. C’est pourquoi l’inflation devrait être seulement modérée à moyen terme dans la plupart des pays. Elle s’accentue toutefois temporairement dans le monde en 2021 en raison de la hausse du prix du pétrole et de plusieurs effets exceptionnels.»

Sortir de l’objectif

La BNS a donc révisé ses prévisions pour les deux prochaines années. Ce taux devrait être plus élevé que prévu en mars dernier: 0,4% en 2021 (contre 0,2%) et 0,6% en 2022 (contre 0,4%). Les pronostics restent en revanche les mêmes pour la suite: 0,6%.

«Le fait que la prévision conditionnelle d’inflation est inchangée à long terme est un fort signal que la banque centrale n’a pas l’intention de répondre à la hausse actuelle», estime Gianluigi Mandruzzato, économiste chez EFG Asset Management. De fait, Thomas Jordan a été très clair: «Il faudrait qu’elle sorte nettement de l’objectif [entre 0 et 2%] pour que la politique monétaire doive être changée.»

Risques importants

Comme attendu, la BNS a donc laissé sa politique inchangée, avec des taux à -0,75% et une volonté affichée d’intervenir pour affaiblir un franc qui «se maintient à un niveau élevé», si nécessaire. «Cela sonne un peu défensif dans un environnement où les exportations suisses sont très soutenues, alors que l'économie mondiale est en plein boom et qu'il y a de moins en moins de preuves que le franc est surévalué», a contré Karsten Junius, chef économiste de J. Safra Sarasin. Il estime donc que la BNS pourrait laisser le franc se renforcer un peu. Jeudi, les statistiques des exportations ont en effet affiché une hausse.

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La BNS s’est montrée plus optimiste pour la croissance, notamment parce que le recul du PIB a été moins fort que prévu au premier trimestre. Elle s’attend donc à une évolution de 3,5% cette année (contre 2,5 à 3% en mars) et prévoit que le niveau d’avant la pandémie soit retrouvé à la moitié de cette année, tout en précisant que «les capacités de production continueront à être sous-utilisées pendant encore un certain temps». En outre, elle prévient: les risques restent importants, notamment d’une nouvelle vague de covid.

Du côté des changes, «la BNS a dû se féliciter de l’affaiblissement du franc à la suite de la réunion de la Fed mercredi soir, mais la monnaie reste plus forte qu’il y a trois mois et oblige à maintenir la politique accommodante», ajoute Gianluigi Mandruzzato. La banque centrale américaine envisage une remontée plus rapide de son taux directeur, ce qui a fait bondir le dollar. Sur ce point, Andréa Maechler a précisé que «dans l’ensemble, le franc s’est déprécié, depuis le début de l’année, d’un peu plus de 1% en valeur pondérée par le commerce extérieur». Il reste donc «à un niveau élevé».


Credit Suisse solide malgré Archegos

La BNS s'est penchée sur la solidité des banques suisses. Dans son rapport sur la stabilité financière, elle souligne que les établissements dits systémiques ont renforcé leurs bases de capital depuis la pandémie. 

L'institution a en particulier examiné le cas Credit Suisse et ses mésaventures avec Archegos et Greensill. La faillite de ces deux sociétés a entraîné des pertes de plusieurs milliards de francs pour la banque, qui a dû prendre des mesures pour renforcer son assise financière. «De bons résultats dans d’autres domaines de la banque d’investissement et dans la gestion de fortune ont cependant contribué à absorber ces pertes», a souligné Dewer Moser, membre suppléant du directoire de la BNS. 

L'événement Archegos montre que «des pertes significatives peuvent apparaître indépendamment de tout choc macroéconomique ou systémique sur les marchés financiers», a-t-il ajouté. Une confirmation que «les exigences de fonds propres de la réglementation too big to fail sont nécessaires pour garantir une résilience appropriée des deux banques résidentes actives à l’échelle mondiale». M. F.