La Banque nationale suisse (BNS) est bien plus qu’une banque centrale, c’est un hedge fund et certainement un des plus transparents qui soient. L’institution suisse n’a définitivement pas un fonctionnement similaire aux autres banques centrales, d’ailleurs elle est cotée sur le marché actions. Notons que parmi les grandes banques centrales, seules la Banque du Japon (BoJ) et la Reserve Bank of South Africa sont listées. La BNS n’appartient pas au gouvernement suisse mais à 45% aux cantons suisses, à 15% aux banques cantonales et à 40% à des investisseurs privés.

Popularité soudaine

Depuis le 1er juillet, le cours de la BNS a simplement explosé passant de 1100 à plus de 2000 francs. Alors autant dire qu’en ces temps d’incertitudes sur les politiques monétaires des banques centrales, il y a tout de même de quoi s’interroger sur cette popularité soudaine.

Selon le formulaire 13F de la SEC – le gendarme de la bourse américaine – qui correspond à une obligation trimestrielle pour tous les investisseurs institutionnels possédant des actifs américains à hauteur de plus de 100 millions de dollars de les dévoiler, on apprend dans le rapport du deuxième trimestre que la BNS a augmenté sa participation dans les actions américaines de 7,3 milliards de dollars (environ 7,17 milliards de francs) pour une exposition totale de 61,8 milliards.

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La banque suisse a environ 20% de son bilan en actions internationales et parmi celles-ci, plus de 50% sont américaines. Il est pourtant clair que la politique de taux zéro de la Fed a alimenté une bulle spéculative assez importante sur tous les actifs outre-Atlantique. La BNS a donc fait, non pas uniquement le choix de s’exposer à cette bulle, mais également de l’alimenter.

Le pari des actions américaines

En regardant les volumes sur les produits dérivés et notamment les options, il est pourtant clair que le sentiment des marchés financiers est plutôt baissier. Par exemple sur le S&P 500, indice phare de l’économie américaine, il y a deux fois plus de contrats de protection contre une baisse des marchés que contre une hausse. La BNS mise donc largement sur une appréciation des actions.

En effet et bien qu’elle ait mis fin au taux plancher il y a un petit peu moins de deux ans, la banque centrale s’autorise tout de même à intervenir sur le marché des changes avec des francs fraîchement imprimés pour défendre la devise helvétique. Les dernières données montrent que la BNS est largement intervenue fin septembre. Les dépôts à vue ont augmenté de 8 milliards de francs pour se monter à près de 452 milliards, ce qui correspond à la plus forte hausse depuis janvier 2015.

Un nouvel outil d’assouplissement monétaire?

Ainsi, la BNS a pu acquérir des devises qui elles-mêmes doivent être investies quelque part. Le choix a été pris d’augmenter l’exposition de la banque suisse à l’économie américaine. Il n’est pas interdit de penser que les marchés actions peuvent devenir un marché entre banques centrales. D’ailleurs, la présidente de la Fed, Janet Yellen, a dernièrement émis l’hypothèse, à l’occasion de la réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole, que l’achat d’actions puisse également être utilisé comme un nouvel outil d’assouplissement monétaire.

Il apparaît que les banques centrales et la BNS en tête sont en train d’opter pour des stratégies monétaires qui d’ailleurs génèrent un risque de marché de plus en plus important. L’intervention via les seuls marchés obligataires ne semble désormais plus suffisante. La BNS, que son histoire récente nous montrait comme étant une banque centrale condamnée à réagir aux décisions des autres banques centrales, peut en réalité s’avérer proactive.

Les politiques monétaires ultra-accommodantes se propagent donc à toutes les classes d’actifs dans un souci de diversification. La compétition à la dévaluation par la création de monnaie, autrement dit la guerre des monnaies, continue. Il n’y a pas d’inflation et les rendements financiers continuent leur chute libre. Les prochains mois promettent d’être agités pour la Banque nationale suisse au moment même où les peurs d’un «Hard Brexit» (une sortie brusque du Royaume-Uni qui abandonnerait son accès au marché unique et à l’union douanière) se font de plus en plus menaçantes. Cela déclencherait de nouveau une ruée vers les valeurs refuges telles que le franc.

*Analyste marché Swissquote


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