FINANCE

La Banque neuchâteloise Bonhôte a attiré 400 millions de francs d'argent frais

L'établissement se considère plutôt comme un prédateur que comme une cible potentielle.

La Banque Bonhôte, établissement privé neuchâtelois spécialisé dans la gestion de fortune, tire un bilan des plus positifs de l'exercice 2006. «Il s'agit du meilleur cru de toute l'histoire de l'établissement», relate Jean Berthoud, directeur et principal propriétaire de la banque fondée en 1815, notamment grâce à l'apport de quelque 400 millions de francs d'argent frais.

Ces fonds proviennent surtout de la Suisse romande. Bien sûr, la moitié de la clientèle s'avère neuchâteloise mais la banque ne cesse de gagner de nouveaux clients et particulièrement dans le canton de Vaud, assure le patron, qui a obtenu son MBA à New York, ville où il a notamment travaillé pour Salomon Brothers et JP Morgan. La banque entend poursuivre son expansion. Après avoir ouvert une succursale à Bienne en 2004 et une filiale spécialisée dans les trusts à Londres, le canton de Vaud pourrait être le prochain lieu d'implantation.

Développement en Asie?

«Nous serons attentifs à toute opportunité qui s'offrira à nous. Ce qui compte avant tout c'est de trouver les bonnes personnes. Celles qui partagent notre philosophie.» Par contre l'établissement exclut de prendre pied physiquement à La Chaux-de-Fonds, traitant déjà la clientèle du haut du canton depuis le siège.

La croissance ne se fera toutefois pas tous azimuts. «Le centre de décision doit rester à Neuchâtel. Mon engagement dans l'établissement pourrait presque ressembler à un acte citoyen. La concentration du pouvoir économique en direction de Zurich m'inquiète. Il ne faut pas que la Suisse emprunte le chemin scabreux de la France. Avec Paris et le désert français.»

L'Asie pourrait également être un pôle de développement. Des discussions exploratoires ont été menées. «Nous avons semé quelques graines», lance de manière énigmatique le patron de la banque qui n'en dira pas plus.

A l'ère de la concurrence globale et de la consolidation du secteur bancaire, Jean Berthoud se considère plutôt comme un prédateur qu'une cible potentielle. Et face aux mastodontes bancaires et autres géants de la banque privée, le directeur estime que son établissement à taille humaine a parfaitement trouvé sa niche.

En ce qui concerne l'irruption de la transparence dans un secteur de la gestion longtemps obsédé par le secret, le directeur assure qu'il a en quelque sorte devancé ces changements de paradigmes. Fait rare, la banque privée publie ses résultats annuels. Ainsi, au premier semestre 2006, elle a annoncé un bénéfice de 4,2 millions de francs, en hausse de 98% par rapport à la même période de l'exercice précédent. Le total du bilan atteignait 140 millions de francs au 30 juin, contre 129 millions à fin 2005.

Cinquante collaborateurs

Jean Berthoud, Neuchâtelois pure souche mais ayant passé sa jeunesse à Paris, l'a toujours su: un jour, il rachèterait l'établissement. Dès l'âge de 18 ans, à son retour de Paris pour faire ses études universitaires à Neuchâtel, cette idée lui trotte dans l'esprit. A 30 ans en 1990, il concrétise son rêve, l'ancien propriétaire ayant décidé de vendre. Depuis, les chiffres ont pris l'ascenseur. Lors du management buy-out, les effectifs se montaient à huit personnes. Aujourd'hui ce sont 50 personnes qui travaillent pour la banque.

Et Jean Berthoud promet que cette croissance va se poursuivre. D'ailleurs, il se montre très positif pour 2007, qui devrait à nouveau être une année de progression des marchés financiers. «Le S & P 500 n'a pas encore atteint son sommet historique et, de manière générale, le ratio cours-bénéfice (P/E) des sociétés cotées n'est de loin pas exagéré.» La Bourse suisse devrait également connaître un exercice intéressant. «Une progression de 10% serait raisonnable.» Depuis son bureau qui dispose d'un panorama époustouflant sur le Lac de Neuchâtel, le directeur envisage l'avenir avec sérénité.

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