Nordea, fruit de la première grande fusion bancaire transfrontalière en Europe, est apprécié en Suisse. Ses fonds de placement dits de valeur sont réputés. Ce sont ceux qui évaluent les actions de sociétés sur la base de leurs perspectives de cash-flow. La direction de cette unité est basée au Luxembourg. «C'est notre boutique «value», explique Pascal Thorens, directeur de Nordea Bank Luxembourg, responsable pour la Suisse et le sud de l'Europe.

Mais «Nordea dispose d'une autre boutique d'investissements. Elle est axée sur les valeurs de croissance et basée à Copenhague. Son approche est très particulière: «Nous nous limitons à quelques spécialités dans les actions internationales. Et nous visons un objectif de rendement entre 2,5 et 4% au-dessus de l'indice, selon le portefeuille et le risque encouru, selon Klaus Godiksen, responsable des ventes.

Les résultats de ces fonds sont excellents. Existe-t-il un secret? «Nous transformons l'information en savoir de façon différente de nos concurrents», déclare Leon Pedersen, responsable des thèmes d'investissements en actions. Ici les sociétés sont analysées non seulement en fonction de leur cash-flow futur, mais aussi de l'impact des thèmes de croissance sur l'entreprise. Le concept de thème couvre une tendance de marché, comme le vieillissement de la population ou la déréglementation.

Un thème, ce n'est pas une idée qui sort du chapeau, ni un outil de marketing. L'analyste observe d'abord des changements structurels autour d'une entreprise, dans son environnement. Il le propose comme thème à un petit groupe de collègues. A travers ce processus de filtrage, les analystes observent la pertinence du choix, soulignent la persistance d'un changement structurel, sa consistance, jusqu'à son approbation ou non. Ensuite, si une action profite d'un thème, ses perspectives boursières s'améliorent d'autant.

Les analystes portent leur regard sur l'impact de thèmes comme «les femmes dans l'économie», «eau pour la vie», «technologie de la construction». L'analyse des actions qui en 2005 ont le mieux contribué à la performance boursière permet d'affirmer que les thèmes les plus performants ont été ceux de la déréglementation et des ventes croisées.

Un autre thème s'est montré très rémunérateur, «la lutte contre un marché en déclin». Il exprime un déclin, à savoir la difficulté des grands producteurs de pétrole à augmenter leurs réserves, et les gagnants dans ce processus, comme les entreprises de services qui profitent de la vague d'investissements, à l'image de Schlumberger, Suncor et Sinopec.

A l'avenir quels thèmes faut-il préférer? La déréglementation financière, propose Nordea, à travers Unibanco, Dexia, Kookmin Bank. Ou le phénomène d'ajustement des salaires et des conditions de travail sur base mondiale. C'est une opportunité pour Siemens et East Japan Railway, selon un analyste. On touche ici au phénomène de la globalisation. Il peut être perçu non seulement comme pression à la baisse des coûts, mais aussi comme une chance, selon Leon Pedersen: que l'on regarde les marges et les prix de Perrier ou San Pellegrino! L'expert recommande Pernod Ricard, Adidas, Pepsi, LMH, Holcim.

La renaissance industrielle est l'un des sujets les plus porteurs, selon les analystes nordiques. Il succédera à celui des matières premières, lesquelles sont déjà fortement appréciées, selon Jens Larsson, responsable des actions européennes. Alimentée par le processus d'urbanisation, la production industrielle va croître plus vite que le PIB. Sandvik, un leader dans la production de machines pour couper le métal et dans l'équipement minier, profitera de cette tendance.

Certains thèmes semblent archi-utilisés. C'est le cas de l'idée d'un monde qui devient plat. Mais cela n'empêche pas la banque scandinave de souligner son originalité. Lars Krohn, gérant, critique les estimations du marché des TV à écran plat effectuées par les grands instituts de prévision, comme Display Search. «Le consensus voudrait que les ventes répondent uniquement à un besoin de remplacement», déclare-t-il. Or ce sera un facteur important de passage au numérique, une véritable plate-forme pour les solutions digitales dans l'automobile et le foyer. Il propose le fabricant taïwanais AU Optronics, Samsung Electronics, Philips et Canon.

Dans l'aéronautique enfin, le dernier salon de l'aviation à Paris a souligné l'émergence des clients d'Inde et du Moyen-Orient. A elle seule, l'Inde s'est assurée 34% des commandes L'événement illustre les progrès de l'industrialisation dans ces régions. L'investisseur peut en profiter par l'intermédiaire de EADS ou Rolls-Royce.