Innovation

La banque numérique n’aurait atteint que 1% de son potentiel

Temenos plaide pour davantage de complicité entre les fintech et les établissements classiques, dont l’universalité des services est considérée comme ayant vécu

«Il ne faut pas confondre la banque numérique, une catégorie d’établissements pour l’heure quasi inexistante, avec la banque numérisée», résume Jason Bates, cofondateur de 11: FS, une jeune pousse spécialisée dans la finance 2.0. Pour le startuper britannique, invité ce mardi dans le cadre du premier «Innovation Jam» à Genève, la différence entre les deux concepts est de taille. «Nous n’en sommes qu’à 1% de l’essor de la banque numérique. Cette évolution n’a, fondamentalement, rien à voir avec les efforts des acteurs historiques. Ces derniers ne font que reporter, en ligne ou sur mobile, leurs vieux produits et services inchangés depuis un demi-siècle», précise-t-il.

Lire aussi: Innovation: l’image trompeuse de la Suisse

Jason Bates donne le ton lors de l’«Innovation Jam», une sorte de concours de beauté dédié technologies financières de demain. Organisée par Temenos, l’éditeur genevois de logiciels bancaires et numéro un mondial du secteur, la manifestation qui a mis notamment en concurrence une quinzaine de fintech en démarrage, s’était déjà tenu en 2016 à Miami, Singapour, Dubaï et Londres. Cette première session au bout du Léman, plus exactement dans les locaux de Fusion, le premier incubateur fintech de Suisse, amorce une série de quatre autres événements prévus dans des villes différentes tout au long de cette année.

Innover, pas imiter

«Internet n’est pas simplement un nouveau canal de distribution», insiste Jason Bates. Et ce dernier d’expliquer: «Pour une banque, être véritablement numérique, c’est de pouvoir offrir des perspectives inédites, à plus forte valeur ajoutée, notamment grâce à la Toile.» Exemple avec Monzo, l’une des deux banques de détail 100% électroniques – avec Starling –, dont est à l’origine le startuper britannique. Son établissement de nouvelle génération a pour principale vocation d’aider l’épargnant lambda à gérer ses factures de manière plus dynamique, d’un mois à l’autre, sans nécessairement lui proposer des options patrimoniales à très long terme.

La jeune pousse vise aussi à préparer ses clients lorsque ces derniers planifient de gros achats ou souhaitent économiser pour leurs vacances. Le cas échéant, la banque numérique leur propose de recevoir un compte rendu de leurs dépenses, une fois de retour de voyage. «L’exploitation des données de masse générées par les utilisateurs de notre plateforme, nous permet d’extraire des informations intelligentes, originales, utiles à titre individuel», souligne Jason Bates.

Ce que ne font pas, d’après lui, les banques traditionnelles. «Elles pourraient offrir davantage, mais se contentent en général de continuer de produire un relevé de comptes, proposant au passage une carte de crédit et les services rattachés à une offre encore trop classique», estime-t-il. Pour preuve: aujourd’hui, Facebook propose deux mise à jour quotidiennes de sa plateforme, contre plus de 11 pour Amazon et jusqu'à 130 pour Google. Les banques, elles, l’ont seulement fait trois fois en moyenne ces 25 dernières années, selon Ben Robinson, cadre chargé de la stratégie et du marketing chez Temenos.

Des alliés 2.0

Qui, des acteurs financiers nés du numérique ou des banques traditionnelles, est susceptible de l’emporter? Les deux, à en croire le responsable auprès du spécialiste des applications bancaires. «A condition de travailler ensemble, plutôt que les uns contre les autres, relève Ben Robinson. Car les banques disposent de la base de clientèle dont ont besoin les fintech, lesquelles maîtrisent la technologie, couplée d’une agilité à développer de nouveaux concepts.»

Les fintech ne représentent pour l’heure que près de 2% du marché financier mondial. A l’horizon 2025, la numérisation pourrait amputer les banques d’environ 14 milliards de francs de volumes d’affaires avec, pour corollaire, jusqu’à 300 milliards dus à l’érosion des prix des services bancaires. «Mais, au final, un peu plus de 100 milliards de dollars de ces pertes pourraient être récupérées par les fintech, ce qui est relativement faible», conclut Ben Robinson.

Publicité