On court à l'épreuve de force! Face aux Gaulois de Genève, la Commission Volcker n'hésitera pas. L'ancien président de la Réserve fédérale a mis tout son prestige dans le passage au peigne fin des comptes en déshérence. En plaidant que les banquiers suisses le lui avaient demandé. Peu lui chaut cependant la méthode des réviseurs pour remplir la mission: le rouleau compresseur américain ne s'encombre pas des particularismes bancaires helvétiques. S'il y en a une, c'est «LA» vérité sur les comptes en déshérence qu'il s'agit de révéler. Pour l'Histoire! Face à «SA» commission, l'entêtement des Genevois sera donc liquidé à coup de missiles, politiques bien sûr! La Commission fédérale des banques (CFB) sera l'arme pour les tirer. Elle a déjà abdiqué devant l'insistance de l'Association suisse des banquiers – c'est-à-dire, devant celle des deux grandes banques qui en assurent l'essentiel du budget et y font donc la loi – pour faire la lumière sur ces comptes en déshérence. S'il y a obstruction de la part des banques, son président Kurt Hauri saura aussi se montrer très généreux pour les réviseurs, a-t-il confié d'ailleurs brutalement aux empêcheurs de réviser en rond dans une séance de travail. Il va jouer sa crédibilité et celle de la CFB face aux récalcitrants Genevois. Il n'hésitera pas à leur faire comprendre que leur résistance restera dans les mémoires des fonctionnaires de la Marktgasse bernoise. Il sait ausi que le tribunal fédéral ne lui a jamais donné tort.

Pourtant, l'argument de la révision extraordinaire au sens de la loi sur les banques qu'a utilisé la CFB pour imposer les travaux de révision et essayer ainsi de protéger le secret bancaire ne se justifie que si les méthodes appliquées sont conformes au droit suisse. Or, les «forensic investigations» des réviseurs et de la Commission Volcker obéissent à des méthodes américaines. On a donc plébiscité l'américanisation du droit bancaire suisse au plus haut niveau. Mais les banquiers suisses se sont réveillés très tard pour se rendre compte de l'odeur faisandée de cette farine dans laquelle ils ont été roulés.

Mais alors, pourquoi résister comme le font les Genevois? Et pourquoi avoir attendu si longtemps? Parce que cette affaire a d'abord été celle des deux grandes banques. Une fois leur accord global conclu, elles ont laissé tomber leurs consœurs. La place financière suisse ne les intéresse que dans le mesure de leurs intérêts propres. On l'a vu à Londres récemment: ce sont les banquiers privés qui sont venus la défendre!

Reste pourtant le principal, ce à quoi les deux grandes banques n'ont pas pensé, toutes occupées qu'elles étaient à préserver leurs intérêts américains. Ce qui devrait pourtant agiter la politique et donc la CFB. Avec les révisions des archives bancaires suisses par des experts américains, c'est toute l'expertise professionnelle helvétique qui est devenue transparente pour ses plus dangereux concurrents. Le comble est que les banques suisses auront payé plus d'un milliard pour que leurs adversaires voient clair dans leurs livres…

P. Ct