Au moment où Sarasin embauche six gérants privés à Londres, les activités de la banque privée bâloise à Genève et à Lugano semblent, elles, en perte de vitesse.

Après le départ en février de Richard Bühler, l'ex-directeur de la succursale genevoise, Sarasin connaît d'autres défections. Fin avril, une importante cellule de gestion privée a démissionné. Richard Foden, Thierry Racine et Christian Graber se mettent à leur compte. Richard Foden gérait 800 millions de francs, en plus d'un compte de 250 millions pour un richissime Américain. L'équipe aurait le potentiel de sortir plus d'un milliard, selon nos sources.

4,5 milliards en jeu

«Cela faisait un an et demi que la banque discutait avec cette équipe. Nous n'avons pas trouvé d'accord», résume Kristinn Kristinsson, le directeur de Sarasin Genève, arrivé il y a trois mois de Credit Suisse pour remplacer Richard Bühler.

Rencontré mercredi, le nouveau directeur a qualifié de «faux» les montants de clientèle avancés, sans en fournir d'autres. Il indique néanmoins que Sarasin aidera ces gérants à obtenir leur licence, et qu'ensuite, «la banque cherchera à collaborer avec eux». Certains clients, admet-il, souhaitent que l'équipe continue à gérer leurs avoirs.

Autres départs: celui de la responsable des gérants externes, Maria Amaglio, qui contrôlait 200 millions, et de Yann Van den Abele, gérant pour la clientèle néerlandaise.

Au total, les sommes de clients en jeu, ajoutées aux quelque 400 millions que pourrait retirer Richard Bühler, représenteraient jusqu'à la moitié de la masse gérée par Sarasin à Genève, estimée à près de 4,5 milliards, selon nos sources.

L'heure est d'abord à la rétention des clients. «Nous avons fait appel à trois gérants de nos bureaux de Londres pour reprendre les comptes, le temps d'embaucher une nouvelle équipe», explique le directeur. Le recrutement dans l'urgence pourrait coûter cher. «Ceux qui sont partis n'étaient pas bon marché non plus», réplique Kristinn Kristinsson. Il note: «La surenchère salariale est telle qu'il n'est pas évident de garder les collaborateurs, surtout ceux appâtés par un gain rapide. Je n'entends pas mener ce combat-là.»

Les comptes de Richard Foden, dont certains dépassaient 200 millions, étaient parmi les plus performants et rentables, selon nos informations. La banque, qui a plusieurs comptes de taille petite à moyenne hérités de Robeco, restructurera par ailleurs cette activité «affluent» dans le but d'améliorer sa rentabilité. «Nous voulons garder cette activité, même si ce n'est pas notre cœur de métier», précise Kristinn Kristinsson.

Fusion interne à Lugano

La situation serait aussi difficile dans la filiale de Lugano, qui, en dehors des gérants externes, n'a pas réussi à se construire une importante base propre de clients privés depuis 1999. Banca Sarasin se préparerait à fusionner ses activités avec «Colombo Gestioni», un gérant externe dont Sarasin contrôle le capital. Colombo gère environ 700 millions, contre quelque 300 millions confiés à la gestion externe de Sarasin. Des informations que la direction à Bâle ne dément pas.

La banque privée bâloise veut hisser ses avoirs de clientèle à 100 milliards d'ici à 2010, contre 73 milliards aujourd'hui. Le directeur de Genève ne précise pas l'objectif de sa filiale, mais indique qu'il «faudra travailler dur pour y arriver». Ce Gréco-Islandais cherche à recruter des équipes sur les marchés offshore qu'il connaît bien: Europe du Sud, Balkans, Grèce, Turquie et Moyen-Orient.

Mais l'expansion du groupe semble passer avant tout par ses filiales étrangères, à l'instar des recrutements récents à Londres. A Singapour et Hong Kong, les équipes ont été renforcées en 2006. Dans le Golfe, Sarasin, présente à Dubaï depuis 2005, projette des bureaux au Qatar et à Bahreïn.