Les tensions actuelles entre la Chine et Taïwan n'effraient pas certains investisseurs. En tout cas pas le gérant du fonds Oyster Emerging Markets de la Banque Syz & Co. De passage mercredi à Genève, Jonathan Neill a défendu le potentiel d'investissement que représente l'île rebelle. 30% des 215 millions de dollars qu'il gère y sont investis. Depuis janvier, son fonds affiche un gain de 10,37%, contre 6,48% pour son indice de référence, le MSCI Emerging Market Free.

En début de semaine, Pékin a adopté une loi anti-sécession visant Taïwan. Le texte jette les bases juridiques fondant une intervention armée. Les autorités chinoises affirment toutefois privilégier la voie d'une réunification pacifique.

«Un jour ou l'autre Taïwan rejoindra la Chine. Pour le moment, les relations entre Taipei et Pékin vont continuer comme avant, assure Jonathan Neill. Les deux pays ont trop besoin, économiquement, l'un de l'autre. Sur ce plan, les signes d'ouverture se multiplient: Taïwan vient d'autoriser les banques chinoises à s'installer sur son sol pour la première fois depuis leur séparation en 1948.» La Bourse de Taipei n'a d'ailleurs guère réagi au vote chinois. L'indice Taïwan Taiex recule de 1,35% depuis lundi. Depuis le début de l'année, la baisse se limite à 1,15%.

Soucis à moyen terme

Jonathan Neill estime que la Bourse de Taïwan dispose d'un grand potentiel d'appréciation. «La valorisation des actions se situe à des niveaux historiquement bas, constate-t-il. Le marché taïwanais présente le plus grand surplus (spread) de rémunérations en termes de dividendes par rapport aux obligations à cinq ans en Asie. Le rendement attendu des dividendes est lui aussi le plus élevé de la région.»

L'endettement des sociétés rapporté au capital est tombé de 35% en 1999 à près de 0% aujourd'hui, poursuit le gérant qui note par ailleurs que les investisseurs internationaux se sont pour l'instant peu intéressés à ce marché. «En Russie, le capital flottant des sociétés se trouve à 80% en mains étrangères. 60% au Mexique, 50% en Corée du Sud, mais seulement 20% à Taïwan.» L'arrivée de cette catégorie de financiers pourrait stimuler la Bourse.

Enfin, la croissance est au rendez-vous, estime-t-il. Les exportations restent solides même si les attentes dans le secteur des technologies, une spécialité de l'île, sont limitées, reconnaît le gérant.

Fidèle à l'esprit de la banque Syz, axé sur la performance, Jonathan Neill aime donc prendre des paris. «Il a le mérite d'être clair et d'y croire, relève un auditeur. Mais son choix est audacieux, et fait peu de cas du risque politique.» Une note publiée mardi par Morgan Stanley relève elle aussi ce danger. La loi anti-sécession ne devrait pas avoir un impact négatif à long terme, estime la banque américaine. A moyen terme, la possibilité d'une intervention militaire de Pékin va donner du souci aux investisseurs.