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Développement

La banque de Xi Jinping séduit presque toute la planète

Le 24 octobre dernier, 21 pays d’Asie s’engageaient à la créer. Mercredi à minuit, date limite pour déposer sa candidature, 46 Etats au total s’étaient associés pour fonder la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). La Suisse et le Royaume-Uni furent parmi les derniers, dimanche, à voir leur candidature acceptée par la Chine, initiatrice du projet.

Hier après-midi, le China Daily s’enthousiasmait: «Le monde vote pour l’AIIB, pour un nouvel ordre économique.» L’Allemagne, la France, l’Inde, mais encore l’Indonésie, le Pakistan et l’Arabie saoudite sont de l’aventure. Taïwan, qui l’an dernier a renoué le dialogue diplomatique avec Pékin, le souhaite. Tout comme Israël ou encore la Norvège. L’entrée d’une autre trentaine de pays serait à l’étude.

Deux pays ont cependant refusé de s’y associer, et paraissent désormais isolés. Le Japon, qui a dit «ne pas avoir d’autre choix», et les Etats-Unis, qui officiellement redoutent que l’AIIB ne remplisse pas tous les critères en matière de bonne gouvernance. En visite à Pékin lundi, le secrétaire d’Etat du Trésor, Jack Lew, a une nouvelle fois repoussé l’invitation du premier ministre chinois, Li Keqiang, à s’y associer.

L’opposition affichée des Etats-Unis à l’AIIB n’aura pas suffi à retenir leurs alliés. La digue s’est rompue lorsque, mi-mars, le Royaume-Uni a annoncé vouloir s’y associer. Le reste de l’Europe a suivi, avec le même double argument: monter dans le train du développement de l’Asie et plaire à Pékin afin de profiter, par exemple, de l’ouverture annoncée du marché financier chinois.

L’AIIB est une façon de «contrer l’influence des institutions de Bretton Woods dominées par les Occidentaux que sont le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement», relevait mardi dans son blog Andrew Leung. Pourtant, «le monde est simplement devenu trop connecté et interdépendant pour [être dominé] par une seule puissance», concluait ce spécialiste de la Chine, et membre du Groupe d’Evian.

Cette semaine, un autre secrétaire d’Etat du Trésor, qui n’est plus aux affaires, a rendu les Etats-Unis responsables de cette situation. «Ils [les Chinois] peuvent assez légitimement dire: «Désolés, mais voilà 5,5 ans que vous auriez pu soutenir une place raisonnable pour nous au sein du FMI, et vous ne l’avez pas fait», a déclaré Larry Summers lors d’une conférence à l’Université ­Harvard. Décidée en 2010, la réforme des droits de vote au FMI, où la Chine ne possède que 2,5%, n’a toujours pas été ratifiée par le Congrès américain.

En Chine, l’AIIB est aussi perçue comme une rivale de la Banque asiatique de développement (BAD), dirigée depuis sa création, en 1966, par un Japonais. Tokyo et Washington y détiennent un tiers des voix, quand la Chine en pèse moins de 7%. La BAD, composée de 67 membres, possède un capital de 160 milliards de dollars.

En face, Pékin compte mettre 50 milliards dans l’AIIB, et espère en réunir au total au moins 100 milliards. L’institution, dont le nombre définitif de membres est attendu pour mi-avril, devrait commencer ses activités d’ici à la fin de l’année. La banque se veut «propre et verte», autrement dit sans corruption et respectueuse de l’environnement. Elle vise le financement d’infrastructures dans l’énergie, les transports et les télécommunications, du développement urbain et rural. Le plan d’investissement de la nouvelle Route de la soie – également promue par Pékin – est inscrit à son agenda.

En Suisse encore, le Comité de Bâle, qui édicte le cadre de la réglementation bancaire internationale pour éviter les crises financières, s’est dit prêt à travailler avec l’AIIB.

L’AIIB est une façon de «contrer l’influence des institutions de Bretton Woods dominées par les Occidentaux»

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