Théoriquement, un accident comme le crash de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers en septembre 2008, qui avait fini par provoquer une crise économique et financière mondiale, ne devrait plus se produire. Depuis lors et tirant les leçons de la catastrophe, la Réserve fédérale américaine (Fed) a soumis les grandes banques américaines à un examen de résistance (stress test) annuel pour s’assurer de la solidité des banques représentant des risques systémiques. Les résultats de la septième édition ont été publiés jeudi à New York: les 34 grands établissements passés au crible résisteraient à une nouvelle crise du même ordre qu’en 2008.

«Les 34 grandes banques dotées de plus de 50 milliards de dollars d’actifs ont été soumises à un scénario de forte récession», relève Valentin Bissat, économiste à la banque Mirabaud à Genève. Avec un taux de chômage de 10% (au lieu de 4,3% actuellement) et une baisse de prix de l’immobilier à hauteur de 35%, (la crise de 2009 avait été déclenchée à la suite de l’effondrement du secteur immobilier et aux prêts fonciers à risque).

Des fonds propres renforcés

Aussi, dans ce scénario, le niveau cumulé des fonds propres de haute qualité (Tier 1) passerait de 12,5 à 9,2%, ce qui reste au-dessus du minimum requis de 4,5%. Ce niveau est également supérieur à ce qu’il était avant la crise de 2008. Valentin Bissat rappelle que depuis la crise, les 34 banques ont dû renforcer les fonds propres à hauteur de 750 milliards de dollars au total pour parer à toute éventualité. L’an dernier, Morgan Stanley avait obtenu un feu vert conditionnel.

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Les résultats banque par banque seront publiés ces prochains jours. «Tout indique que les établissements scrutés passeront la rampe et obtiendront le feu vert pour distribuer des dividendes ou procéder à des rachats d’actions», poursuit Valentin Bissat.

Toujours selon lui, les banques étrangères, dont les filiales d’UBS et de Credit Suisse seront soumises au stress test l’année prochaine. «Les banques suisses devraient passer l’examen», dit-il. L’économiste genevois fait encore ressortir que les établissements européens qui sont soumis au même type d’examens, notamment les banques italiennes, doivent encore se reconstruire. Dans tous les cas, l’objectif est, qu’à l’avenir, les banques en difficulté n’aient pas besoin de l’argent public pour leur sauvetage.

Donald Trump prône la dérégulation

Il n’empêche: au fur et à mesure que le secteur financier américain se relève de la crise, la Fed réduit l’intensité du stress test. «Ce phénomène pourrait s’accélérer», fait remarquer Valentin Bissat, qui rappelle que le nouveau président américain voudrait imposer un régime plus libéral pour les banques.

En effet, le Congrès pourrait diluer le Dodd-Frank Act Stress Test ces prochaines semaines. Daniel Tarullo, ancien gouverneur de la Fed et ferme partisan d’une supervision bancaire musclée, a démissionné en avril dernier. «Son successeur sera vraisemblablement moins engagé en la matière», pronostique l’économiste genevois. Pendant sa campagne électorale l’an dernier, le candidat Donald Trump avait fait de la dérégulation du secteur financier l’un de ses thèmes forts. Après son élection, il n’a pas changé d’avis.

La dérégulation souhaitée par Donald Trump pourrait gagner de la vitesse après le départ de Janet Yellen, présidente de la Fed depuis 2014. Son mandat arrive à échéance en février 2018. Son successeur sera probablement un proche du président américain qui a, à maintes reprises, critiqué la politique monétaire de la banque centrale américaine.