L’argent est-il un mal? La question a été posée vendredi à Zurich, lors d’une conférence de presse sur les taux négatifs, par Urs Müller, président de l’Union des Banques Cantonales Suisses (UBCS). L’expert explique que le taux d’intérêt est par définition le prix de l’argent. Or en économie, tous les biens ont un prix positif. «Il est donc étrange que l’argent ait un prix négatif. Il y a toutefois des exceptions. Les biens dont on cherche à se défaire ont un prix négatif, par exemple nos déchets: Nous payons quelqu’un pour nous en séparer», a-t-il expliqué. Le président de l’UBCS cherche à lancer un débat. L’expérience des taux négatifs est «unique et ses effets méritent d’être débattus». «Nous lançons la discussion et souhaitons débattre d’une stratégie d’exit des taux négatifs», a-t-il lancé.

Un effet réel mitigé

A l’origine, la BNS a introduit les taux négatifs pour réduire l’attractivité du franc, prévenir des développements déflationnistes et stimuler l’investissement et la consommation plutôt que l’épargne. Mais après un an, l’effet sur l’économie réelle «est modeste», selon Urs Müller. L’UBCS admet toutefois que sans cette mesure la conjoncture pourrait être plus morose. En dépit d’un coût de financement réduit, les investissements dans la construction sont en phase de décroissance. Pendant ce temps, le coût des taux négatifs se fait sentir au sein des banques. La détention de liquidités leur coûte 1,3 milliard par an (75 points de base sur 170 milliards).

A lire aussi: La proposition de Raiffeisen

L’UBCS considère que «dans le contexte de l’époque» la décision prise par l’institut d’émission était «raisonnable». Elle tient toutefois à «souligner les risques à long terme». Urs Müller n’a pas présenté d’alternative «parce que toute modification des taux «produirait des effets difficiles à évaluer». Il n’a pas davantage tenu à commenter la proposition de Raiffeisen d’introduire une forme d’assurance des exportations.

Effets structurels à long terme

«Les taux négatifs produisent des effets structurels à long terme sur l’économie suisse», assure Urs Müller. Ils incitent par exemple les investisseurs institutionnels à augmenter leur prise de risque pour obtenir un rendement supérieur sur leurs placements, à son avis. L’immobilier profite ainsi d’une demande accrue. Un risque d’inflation est même possible sur les actifs financiers, ajoute-t-il. Cette politique exerce aussi des effets de redistribution, selon l’UBCS. Comme le prix du capital a été réduit, celui du travail est moins compétitif, ajoute l’association. «Les taux négatifs profitent aux agents économiques endettés, comme la fonction publique, au détriment des créanciers, des investisseurs institutionnels (caisses de pension, c’est-à-dire chaque citoyen) ainsi que des détenteurs de liquidités», selon Urs Müller.

Sur les banques cantonales, les taux négatifs n’ont guère modifié la marge des affaires d’intérêt. Les instituts offrent un taux légèrement supérieur à zéro sur les dépôts. Il est qualifié de «préférentiel» parce que supérieur au taux du marché par Martin Bardenhever, directeur de la trésorerie de la Banque cantonale de Zurich pour financer les hypothèques. Il en résulte, à son avis, les banques sont «confrontées à deux mondes, celui dont le plancher est de 0% et celui du marché».