L’affaire rappelle Dieter Behring, ce financier vivant à Bâle qui promettait, au début des années 2000, des gains mirobolants à ses clients millionnaires. Au final, ces derniers n’ont eu que leurs larmes pour se consoler. Dieter Behring a fait faillite en 2004. Plus de 200 millions de francs se sont évaporés, tandis que le financier a vécu durant des années dans l’opulence.

Dans l’affaire ASE Investment (ASE), la société d’investissement basée à Engelberg (OW) mais dirigée par un certain «M. S.» depuis Frick (AG), des rendements mirifiques étaient également promis. Selon des documents promotionnels, en moyenne 17,17% par année entre 2002 et 2012. Attirée, une cliente lésée raconte ses déboires dans une édition récente du Tages-Anzeiger. Elle avait confié 600 000 francs à ASE pour un placement dans un fonds en devises baptisé Quanto Strategic Currency Fund. Soit la majorité de sa fortune. Aujourd’hui, il ne reste plus que 9500 francs. «C’est une catastrophe pour moi», déplore-t-elle. Pour l’une de ses amies, la situation est encore plus grave. Elle a confié toute sa fortune – 1,3 million de francs – à M. S. Aujourd’hui, alors que ce dernier est en détention préventive, personne ne sait encore combien d’argent sera récupéré.

Mais une chose est sûre: plus de 500 clients ont été victimes des pratiques commerciales de M. S., selon la Finma. Des conseillers financiers rapporteurs d’affaires auraient également joué un rôle. Plusieurs centaines de millions de francs auraient été confiés au gestionnaire indépendant. Les autorités judiciaires ont mis du temps à réagir. K-Tipp, magazine alémanique destiné aux consommateurs, avait placé ASE sur sa liste rouge dès le printemps 2009. Il aura donc fallu plus de trois ans et l’alerte d’un client il y a quelques semaines pour que le gestionnaire indépendant se retrouve derrière les barreaux et qu’une procédure pénale soit lancée par le Ministère public du canton d’Argovie. M. S. est soupçonné de faux dans les titres et d’escroquerie. Parallèlement, la Finma a été informée et a ouvert une enquête prudentielle.

En fait, le client, qui dispose d’un compte à la Banque cantonale de Bâle, avait remarqué en mars dernier sur Internet que l’état de son compte ne correspondait pas au relevé qu’il avait reçu par courrier.

Après avoir averti l’établissement bâlois, ce dernier a porté plainte auprès des autorités argoviennes. Pour éclaircir les faits, la Banque cantonale de Bâle a annoncé vendredi dernier avoir mandaté le bureau d’avocats zurichois Bärr & Karrer. «Nous ne faisons plus de commentaires à ce sujet», a répondu un porte-parole de la banque.

Dans cette affaire, la Banque cantonale de Zurich (BCZ) a elle aussi joué le rôle de banque dépositaire pour des clients d’AH Finanz, société d’investissement qui a conseillé des placements chez ASE. «Nous n’avons pas de responsabilité envers des clients qui choisissent des gestionnaires externes», se défend un porte-parole.

Chez Swissquote, on estime que quelques clients de la banque en ligne avaient donné un mandat de gestion à ASE. Ils avaient investi dans un fonds en devises. «Nous avons accepté ces mandats de gestion car des garanties nous avaient été fournies. N’étant pas dépositaire du fonds, nous n’avons pas les moyens d’en contrôler la stratégie», a expliqué Marc Bürki, directeur général de Swissquote.

Quant à la Banque cantonale de Lucerne, elle pourrait avoir joué un rôle plus important. Selon le Tages-Anzeiger, qui se réfère à plusieurs sources, elle serait la banque dépositaire des fonds d’ASE. Hier soir, personne n’était disponible au sein de l’établissement pour commenter cette affaire.

Chez Swissquote, quelques clients avaient confié un mandat de gestion à ASE Investment