A première vue, les marchés de la banque de détail (retail banking) en Suisse et en Allemagne ne paraissent pas très différents. Les banques cantonales helvétiques affichent pourtant au moins cinq ans d'avance sur les Landesbank allemandes, si l'on compare l'évolution des gammes de produits ainsi que l'environnement structurel et réglementaire. C'est du moins l'une des conclusions auxquelles aboutissent les spécialistes de UBS Warburg, dans le cadre d'une étude comparative (basée sur les chiffres de 1999) approfondie consacrée à «La banque de détail en Suisse et en Allemagne» et publiée en février. Une conclusion que la lecture du rapport contribue toutefois à relativiser.

«Les changements envisagés en Allemagne ont plutôt pour effet de s'en prendre aux symptômes du mal qu'aux fondements en cause», expliquent les spécialistes. «Et que l'on ne vienne pas nous dire que le secteur bancaire allemand présente une structure trop fragmentée.» Compte tenu du fait que ni les banques mutuelles ni les caisses d'épargne ne sont en compétition entre elles puisque leurs champs d'activités sont légalement limités à des frontières politiques étroites, le nombre total de banques en Allemagne (384) est grosso modo le même qu'en Suisse (372). Le problème essentiel en Allemagne réside dès lors dans le cloisonnement légal – entre banques hypothécaires et banques de dépôts –, préjudiciable à une allocation efficace des ressources.

Avec un rendement des fonds propres de 4,9%, les Landesbank allemandes semblent afficher une rentabilité inférieure au rendement moyen de 8,8% des banques cantonales. Cette disparité est cependant influencée par des taux d'imposition différents, estimés par UBS Warburg à 4,9% en Suisse et à 52,9% en Allemagne. Avant impôts, les rendements des fonds propres s'établissent en effet à 10,2% en faveur des Landesbank, contre 8,8% seulement pour les banques cantonales. Sous cet angle, la rentabilité inférieure des banques cantonales tient aussi au fait que nombre d'entre elles mettent de côté une part considérable de leur bénéfice opérationnel à titre de «réserves bancaires générales». Ces niveaux de rentabilité des fonds propres se situent par ailleurs, des deux côtés, nettement en dessous de la moyenne européenne du secteur de la banque de détail, qui est de 31,3% (22,2% après impôts). A tel point que les rendements dégagés par la plupart des banques cantonales helvétiques et des Landesbank ne suffisent pas à couvrir les coûts de leurs capitaux.

Il faut pourtant se rendre à l'évidence, ce n'est pas la structure opérationnelle des coûts des Landesbank ni celle des banques cantonales qui est en cause. Avec un ratio coûts opérationnels/revenus de 57% pour les banques cantonales et de 53% pour les Landesbank, celles-ci affichent un niveau de coûts dans le sillage de la moyenne européenne du secteur (55%). Un niveau qui est même jugé «relativement favorable» par les quatre auteurs de l'étude.

Conclusion: si ces banques affichent en moyenne une rentabilité qui ne dépasse pas les coûts d'acquisition de leurs capitaux, cela tient à leur exposition trop élevée aux affaires de bilan. Des affaires de bilan qui se répartissent par ailleurs différemment. Pour les banques cantonales, les prêts à la clientèle constituent le poste principal – soit les trois quarts – de ce bilan. Pour les Landesbank, l'actif se décompose en prêts à la clientèle (à hauteur de 38%), en prêts interbancaires (32%) et en portefeuille de trading (23%). A noter que ce dernier élément ne représente que 3% du total des actifs en Suisse. Autre différence: les crédits étaient financés à hauteur de 56% par les dépôts de la clientèle pour les banques cantonales en 1999, alors que cette source de financement avantageuse ne représentait qu'une part de 20% pour les Landesbank.

Gestion de fortune

Les auteurs de l'étude relèvent par ailleurs que grâce à la longue tradition de centre de gestion de fortune (offshore) de la Suisse, les banques cantonales ont pu orienter leur modèle économique dans un sens plus marqué vers les services articulés autour des besoins du client.

Si l'essentiel des revenus des commissions générés par les Landesbank allemandes provient de la banque d'investissement et du financement d'entreprises (corporate finance), pour les banques cantonales, la majorité de ces revenus est générée par la gestion de fortune. Les commissions constituent ainsi 23% du total des revenus des banques cantonales contre 13% seulement pour les

Landesbank.