Lors de crises économiques tout le monde devient keynésien, y compris les banques centrales. Depuis 2008, elles ont imprimé de l’argent comme jamais. Le bilan des six plus grandes banques centrales mondiales atteint désormais 16 900 milliards de dollars, soit 36% du PIB de ces pays par rapport à 16% en 2008. Le bilan de la BNS atteint désormais plus de 90% de notre PIB et a été multiplié par 10 en 10 ans.

Cela continue. La Banque centrale européenne injecte 80 milliards d’euros chaque mois sur les marchés et celle du Japon environ 60 milliards de dollars. La BNS dispose désormais de 630 milliards de francs de réserves de change. Mais que faire de tout cet argent? Au départ, les banques centrales ont acheté des obligations d’états parce qu’elles sont supposées être sûres. Ensuite, elles se sont tournées vers les ETF et les obligations d’entreprises. Mais ensuite? Les actions?

La banque centrale du Japon a été un précurseur en la matière et détiendrait aujourd’hui 98 milliards de dollars d’actions. Elle figure ainsi parmi les 10 plus grands actionnaires de 200 des 225 entreprises cotées sur le Nikkei. Notre BNS n’est pas de reste. Selon les estimations, elle détiendrait pour 125 milliards de francs d’actions – une augmentation de 60% en un an – dont la moitié est américaine. On y retrouve Apple, Microsoft, Google, Exxon, Facebook ou General Electric. La Banque centrale européenne étudie également la possibilité d’acheter des actions.

Une telle politique pose néanmoins deux questions. La première, certes un peu triviale, est comment les banques centrales vont voter lors des assemblées générales des actionnaires. La deuxième, beaucoup plus fondamentale, est quelle politique d’investissement sera suivie. Dans le cas de la BNS, c’est celle d’une gestion indicielle passive, c’est-à-dire qui reproduit essentiellement la capitalisation des entreprises. Le problème est que si toutes les banques centrales font la même chose, elles vont toutes investir dans les mêmes grandes actions: Apple, Microsoft, Facebook, etc.

Certains économistes pensent que cela a contribué à surévaluer la valeur de ces entreprises, indépendamment de leur performance économique. De plus, les banques centrales ne sont pas réputées comme étant les plus transparentes dans leur politique d’investissement. Notre chère BNS ne nous dit rien et ce que l’on sait nous vient de la Securities and Exchange Commission américaine. Tout au plus, nous informe-t-on que la règle impose une limite supérieure de 20% des réserves de change en actions et que celles-ci doivent être en monnaies étrangères.

Un des avantages d’un fonds souverain, même géré sous les auspices de la BNS, serait de clarifier tout cela. Le Fonds Norvégien ou Temasek de Singapour publient régulièrement leur politique d’investissement. Une banque centrale qui investit en actions n’est pas un phénomène économique anodin. Les «conséquences inattendues» sur les marchés peuvent être considérables.

Tout cela se résume donc à une question de transparence. Nous en sommes loin. Lors d’une audition au Sénat américain, Alan Greenspan, alors président de la FED, avait répondu à un sénateur: «Si j’ai été clair, c’est que vous m’avez probablement mal compris!»

*Président du Conseil d’administration du Temps


A lire, les dernières chroniques Entre-Temps…: