Consensus d’investissement de Genève

Les banques centrales mèneront encore la danse ces prochains mois

Pour les stratèges de Genève, la Suisse pourrait tirer son épingle du jeu

Le débat trimestriel de l’Association des stratégistes de Genève (ISAG) indique peu de changements concernant la vision de l’environnement international. Si les perspectives restent résolument positives, basées sur une croissance mondiale modérée, tirée par les Etats-Unis en 2013-2014 et les pays émergents, elles s’appuient sur un environnement fragile où le potentiel de rebond est borné par des problématiques structurelles. Les réformes en profondeur pourraient jouer un rôle prépondérant qui appelle de plus en plus à des choix discriminants dans des marchés globalisés.

Plusieurs tendances structurelles pourraient transformer le paysage économique et financier. Citons d’abord l’évolution du modèle de croissance des pays émergents vers une société de consommation plus que de production à moindre coût. Ensuite, la tendance à l’appréciation du dollar, notamment sous l’impulsion de changements des forces mondiales énergétiques. A cela s’ajoutent les politiques de compétitivité et de réformes du marché du travail. Ces forces structurelles seront bien nécessaires pour contrecarrer l’impact démographique et celui de l’endettement sur la perte de potentiel de croissance de nos économies.

Conscients de ces tendances de fond, certains des stratégistes de Genève sont néanmoins préoccupés à court terme par les effets d’un ralentissement des politiques de soutien cyclique, en particulier les mesures non-conventionnelles d’achats massifs d’obligations étatiques par certaines banques centrales. Le dernier discours du président de la Réserve fédérale a dissipé les investisseurs, soit en mentionnant le risque de crise financière, soit en laissant sous-entendre la fin probable du programme de rachats dans l’horizon d’investissement de 12 mois. Les marchés ont réagi lourdement à cette annonce rectifiant partiellement les anomalies créées par ces politiques: des marchés boursiers aux sommets grâce aux secteurs défensifs, des obligations gouvernementales ne permettant plus de protéger le capital en offrant un coupon supérieur à l’inflation de la période de détention.

La recherche de rendement semble céder la place à la recherche de croissance. Si la cause est connue et anticipée, l’interprétation des mouvements de marché n’est pas consensuelle. Pour certains, la normalisation des taux est un passage obligé qui offre des opportunités sélectives d’achat des marchés boursiers installés dans une nouvelle tendance positive. Il en reste d’autres qui profiteront de l’occasion pour renforcer des positions tactiques sur l’obligataire souverain ou même sur l’or. Au cours de l’été, les investisseurs seront soucieux des annonces de la Réserve fédérale et attentifs aux indicateurs américains, en particulier ceux du marché de l’emploi et de la construction; les deux étant étroitement liés par la dynamique du secteur de la construction pour l’emploi domestique.

Le débat régional a perdu temporairement de son poids dans la discussion, mais il n’élude pas les divergences régionales de politiques cycliques et structurelles, nominales et réelles. Le Japon a mis en place un large programme de stimulants nominaux nécessitant une confirmation des effets réels. Pour certains, des pays émergents peuvent souffrir des variations de prix, notamment de leur devise, et doivent offrir une réponse cyclique à une structure de croissance en mutation. La Suisse pourrait tirer son épingle du jeu après environ deux années de politiques nominales de taux de change plancher, les résultats réels renforcent la crédibilité des choix de politiques monétaires. En bref, des banques centrales continuent de mener la danse et traîneront le pas pour éviter d’interrompre le rythme.

Association des stratégistes d’investissement de Genève, ISAG

«Au cours de l’été les investisseurs seront soucieux des annonces de la Réserve fédérale américaine»

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