Le profilage en matière de risque est une étape incontournable. Connaître la tolérance au risque de ses clients, c’est-à-dire saisir leur capacité matérielle, mais aussi psychologique, à subir de possibles pertes d’argent, permet aux banques d’offrir des services financiers plus adaptés aux besoins de sa clientèle.

Ce profilage concerne tant les crédits que les hypothèques et les portefeuilles d’investissement, sans oublier les planifications en matière de prévoyance vieillesse et les comptes épargne. Cette analyse dépend en outre de nombreux facteurs subjectifs tels que les expériences passées, les connaissances financières, le niveau d’éducation, la personnalité, la charge émotionnelle, etc.

La méthode traditionnelle

Malgré toute la complexité de cette démarche, la grande majorité des institutions financières continue pourtant à faire remplir des questionnaires statiques, souvent sur format papier, avec des tests psychométriques datant de plusieurs décennies. La tolérance au risque du client est alors représentée par un simple chiffre résultant de l’addition des points donnés à chaque question. Il y a matière à amélioration.

Selon une étude publiée par un membre du CFA Institute, ces questionnaires expliqueraient à peine 15% de la réelle tolérance au risque des investisseurs. Ce constat avait déjà été formulé en 2011 par la Financial Conduct Authority (FCA), l’organisme de réglementation financière au Royaume-Uni et l’équivalent de la Finma en Suisse. Elle avait testé certains de ces questionnaires, ainsi que onze outils classiques de profilage du risque. Son analyse mettait en évidence le fait que ni les questionnaires ni neuf des onze outils sous revue ne fournissaient des résultats fiables ou exploitables. Une performance jugée inacceptable par la FCA.

Les raisons sont multiples: une compréhension inadéquate des composantes du risque, des scénarios hypothétiques ou difficiles à concevoir, des méthodes inadaptées à l’environnement actuel, un calcul trop simpliste et la complexité même des questions.

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Les nouvelles tendances

Aujourd’hui, de nouveaux logiciels de profilage fondés sur des algorithmes, le big data et l’apprentissage par la machine (machine learning) intègrent plus efficacement la pluralité des aspects émotionnels, cognitifs, éducatifs, personnels et sociaux associés à la psychologie du risque.

Ces techniques mixtes combinent notamment des tests psychométriques, des graphiques interactifs de performance ou d’exercices de jeux d’argent. Ces méthodes, souvent présentées en forme d’application mobile, cherchent à remplacer l’humain dans le processus du profilage du risque tout en informant l’entité bancaire des biais et besoins de l’investisseur. Ces outils sont amenés à être utilisés également par la compliance pour être en conformité avec les nouvelles exigences de la Finma.

Plusieurs banques (par exemple Barclays au Royaume-Uni) et quelques start-up (dont QuantPlus en Suisse romande ou Neuroprofiler en France) se sont activement positionnées sur ces nouvelles techniques de profilage.

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Le futur du profilage du risque

A l’avenir, les questionnaires ne seront même plus d’actualité. La banque se tournera plutôt vers votre historique de revenus, de dépenses, de retraits et d’utilisation de votre carte de crédit pour déterminer votre tolérance au risque.

Grâce au croisement de données financières, démographiques et psychologiques, votre banque sera effectivement en mesure de cartographier précisément votre rapport à l’argent. Elle pourra ainsi adapter rapidement les services qu’elle vous proposera. Par exemple, si vos revenus augmentent significativement ou, à l’inverse, si l’algorithme détecte que vous avez un nouvel enfant, votre banque pourra vous conseiller de refinancer votre hypothèque avec une planification qui correspondra mieux à votre nouvelle situation.

Nous n’en sommes toutefois pas encore à ce stade. Mais avec la multiplication des données, fort est à parier que cette révolution se concrétisera ces prochaines années; avec le grand avantage de pouvoir déterminer plus précisément votre tolérance au risque – sans pour autant vous le demander.

* Cette chronique mensuelle traite de l’actualité sous l’angle de la finance comportementale.