Les actions latino-américaines naviguent à contre-courant. Ainsi, la bourse brésilienne a progressé de 10% depuis janvier. Le gérant du fonds Amérique latine du Crédit Agricole Asset Management, Patrice Lemonnier, explique pourquoi la région échappe aux pires conséquences de la crise du crédit.

Le Temps: Comment cette performance s'explique-t-elle?

Patrice Lemonnier: Par quatre facteurs. D'abord, la région bénéficie de la hausse des prix des matières premières agricoles, des métaux et de l'énergie. Le deuxième facteur est la solidité macroéconomique, à l'image de celle de la plupart des économies émergentes. Ensuite, le système bancaire n'est pas exposé aux hypothèques «subprime», au cœur de la crise du crédit. Les banques sont solidement capitalisées et continuent de prêter à des ménages encore faiblement endettés. Leur potentiel de croissance est important. Enfin, pour la première fois de son histoire, le Brésil est créditeur: ses réserves dépassent ses dettes extérieures. Le pays a d'ailleurs rejoint, il y a moins d'un mois, les pays dont la dette est notée «investment grade», dont font d'ailleurs partie la plupart des autres économies émergentes.

- A part le Brésil, quels autres pays du continent appréciez-vous?

- Nous privilégions aussi le Mexique. Son principal débouché extérieur est l'industrie américaine d'exportation, qui bénéficie de la faiblesse du dollar. Le Pérou est caractérisé par des taux de croissance de quelque 10%, un besoin de rattrapage important, des matières premières et une politique économique raisonnable. Le Chili combine croissance et stabilité. Cependant, la conjoncture ralentit en raison d'une remontée des taux d'intérêt et nous sommes sous-pondérés dans ce pays. C'est aussi le cas de l'Argentine, où nous avons des doutes sur les effets à long terme de la politique de prix dirigés dans de nombreux domaines, comme l'énergie ou l'agriculture.

- Quelles sont les principales sociétés du fonds?

- Je peux citer trois sociétés brésiliennes. Vale est notamment le premier producteur mondial de minerai de fer. Nous pensons que la hausse du prix de ce dernier se poursuivra l'an prochain. De plus, la valorisation de la société reste mesurée si on la considère à un horizon de cinq ans. Nous apprécions aussi Petrobras. Il y a peut-être eu un peu d'exagération, en raison des prévisions de capacité de réserves découvertes récemment. Il reste que cette pétrolière est la plus grande de la région et une des rares dans les pays émergents à pouvoir vendre ses produits à des prix internationaux. En outre, la présence de l'Etat dans son capital facilite l'accès aux réserves. Il faut aussi mentionner Usiminas. Récemment, ce sidérurgiste a acheté une mine, qui lui assure son approvisionnement en minerai de fer. Ce projet n'est pas encore insuffisamment valorisé dans le prix.

- Comment le portefeuille est-il construit?

- Une partie de notre analyse vise à déterminer la pondération accordée à chaque pays, puis au niveau national à chaque secteur. Nous pouvons ensuite sélectionner des titres à l'intérieur de ces derniers. Nous avons aussi une base de données sur les 250 titres les plus liquides de la région dans laquelle nous recherchons des sociétés sous-valorisées. De cette manière, nous trouvons parfois des sociétés qui auraient échappé à l'analyse descendante, comme le fabricant de tubes Tenaris, une multinationale argentine épargnée par les problèmes de l'économie domestique.