La Banque des règlements internationaux (BRI), qui supervise les principales banques centrales, est l’une des plus discrètes organisations faîtières de la planète finance. Elle a été mise particulièrement à contribution après l’éclatement de la crise financière en 2008, dont la première grande manifestation était la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers. Mis en place par le BRI, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire a dès lors initié de multiples réformes prudentielles dites Bâle I, II et III, dont le but est de consolider les assises des banques afin que celles-ci puissent faire face à tout éventuel choc. Directeur de la BRI depuis avril 2009, Jaime Caruana, ancien président de la Banque centrale espagnole, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) et du Forum pour la stabilité financière, revient sur la crise et affirme que les réformes bancaires doivent être menées jusqu’au bout. Il donne une conférence ce mardi à Genève*.

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Le Temps: Quelles sont les principales leçons que vous avez tirées de la crise financière qui a paralysé l’économie mondiale à partir de 2008?

Jaime Caruana: Trois. En premier, la dette excessive constitue un risque important, même s’il n’est pas facile de déterminer quand la dette est excessive. Ensuite, le monde est devenu plus complexe et les risques systémiques évoluent. Dès lors, il est quasi impossible de prévoir la prochaine crise. En revanche, il est certain qu’une régulation robuste est indispensable, de même que la supervision. En même temps, la régulation et la supervision sont primordiales, mais pas suffisantes. D’autres politiques comme des réformes structurelles peuvent s’avérer nécessaires. Enfin, il faut être attentif à la contagion. Il ne suffit plus de veiller à ce que sa maison soit en ordre, mais aussi de contribuer à ce que celle du voisin le soit en même temps.

- Les banques sont-elles mieux équipées aujourd’hui pour faire face à toute nouvelle crise?

- Les banques ont augmenté leurs fonds propres de façon significative. Elles sont en position d’absorber des chocs. Cela dit, certaines d’entre elles doivent encore assainir leurs bilans. Les réformes du point de vue de la régulation doivent aussi être finalisées. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas baisser la garde d’autant plus que le rôle des marchés des capitaux devient plus important.

- Comment s’est passée la coordination entre les banques centrales dans la gestion de la crise? Ont-elles toutes tiré à la même corde?

- Elles ont effectivement joué un rôle clé au pic de la crise. Avant tout, elles ont réussi à calmer les marchés financiers. Puis elles ont alimenté le flot de liquidités et surtout, elles ont fait comprendre qu’elles étaient prêtes à faire tout ce qui serait nécessaire pour contrer la crise. Oui, la coordination a été efficace.

- Les banques centrales ne devraient-elles pas élargir leurs objectifs et s’occuper davantage que de la stabilité des prix?

- La stabilité des prix est d’une importance capitale et les banques centrales ont le devoir d’atteindre cet objectif sur un horizon plus long. Mais en effet, l’objectif de la stabilité des prix va de pair avec la stabilité financière et les banques centrales devront intégrer ces considérations à leur politique monétaire.

- Les taux d’intérêt sont bas, voire négatifs, depuis bientôt sept ans. Cela peut-il continuer?

- Chaque banque centrale observe et décide en fonction de la situation de chaque économie, tout en tenant compte de la situation globale. C’est elle qui décide du moment où un resserrement monétaire devient nécessaire. De nombreux progrès ont été accomplis à ce jour et on commence à voir un retour à la normalisation des taux d’intérêt. Cela dit, il ne faut pas avoir des attentes surdimensionnées par rapport à la politique monétaire, qui ne peut pas résoudre tous les problèmes. Les politiques structurelles sont tout aussi nécessaires pour atteindre l’objectif d’une croissance économique durable.

- Du côté de la régulation, où en sommes-nous par rapport aux réformes de Bâle III concernant les fonds propres des banques?

- Le Comité de Bâle est proche de conclure le travail technique. La conclusion finale pourrait prendre un peu de temps. La bonne nouvelle est que la plupart des banques ont déjà des fonds propres supérieurs aux exigences internationales minimales. Pour ma part, je ne pense pas qu’il faille minimiser les efforts importants que les régulateurs et les banques ont faits ces dernières années. En fin de compte, nous devons comprendre que le système financier et monétaire doit être assaini et renforcé. Nous y arriverons, je suis optimiste.


* Have we passed «Peak Finance»?

Maison de la Paix, Genève

Conférence organisée par le Centre international d’études monétaires et bancaires

28 février 2017, 18h30