Finance

«Les banques doivent devenir des sociétés technologiques»

Pour le fondateur de TransferWise, spécialisé dans le transfert de fonds, les acteurs traditionnels vont continuer d'être défié. Présent au WEF de Tianjin, il fait également le point sur le développement de sa start-up, qui compte désormais 600 employés et qui a levé 26 millions de dollars et atteint désormais un valorisation de 1,1 milliard

Rendre les transferts d’argent aussi simple que d’envoyer des emails. C’était l’idée de Taavet Hinrikus, cofondateur et directeur général de TransferWise. A l’origine, sa propre frustration devant les difficultés d’envoyer de l’argent d’un pays à un autre, alors qu’il travaillait au développement de Skype – dont il a été le premier employé puis le directeur de la stratégie jusqu’en 2008 – d’abord en Estonie, puis à Londres. Entre les frais et les délais de transfert, il s’impatiente et trouve un ami estonien qui a besoin de faire la transaction inverse. D’où l’idée de créer une société dans ce domaine, en imposant des délais et des coûts plus faibles.

Lancée en janvier 2011, la start-up permet des échanges dans 35 monnaies et 60 pays et compte plus d’un million d’utilisateurs. En moyenne, 750 millions de dollars sont envoyés chaque mois, ce qui, selon la société, permet d’économiser plus d’un million de dollars de frais par jour, par rapport aux sociétés traditionnelles ou aux banques.

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Jusqu’ici, TransferWise a levé 26 millions de dollars en mai dernier pour atteindre une valorisation de 1,1 milliard de dollars et compte 600 employés. Rencontré au WEF de Tianjin, Taveet Hinrikus détaille les développements de TransferWise et des fintech, ces start-up qui utilisent la technologie pour repenser les services financiers et bancaires.

Le Temps: TransferWise a commencé ses activités en Europe. Où en est son développement?

Taavet Hinrikus: Nous sommes dans le processus de passer d’une entreprise européenne à une entreprise vraiment globale. Nous nous sommes implantés l’an dernier aux Etats-Unis et en Australie. En début d’année, nous avons lancé les opérations avec la Corée. Nous venons aussi de développer les activités au Brésil et au Canada. Cette année, nous prévoyons de nous implanter au Japon et à Singapour.

– Et la Chine?

– Pour l’instant, nous pouvons déjà envoyer de l’argent en Chine, c’est l’inverse qui n’est pas possible, notamment parce que les autorités veulent contrôler les fonds qui sortent du pays. Cela dit, même si cela prend plus de temps qu’ailleurs c’est un objectif à long terme. C’est d’ailleurs aussi pour cela que je suis au WEF à Tianjin, pour discuter de cela avec des partenaires locaux. Obtenir l’aval du régulateur, trouver un partenaire chinois, tout prend plus de temps qu’ailleurs.

– Avec votre modèle, vous défiez les banques et les acteurs traditionnels, quelles ont été leurs réactions?

– Nous ne sommes pas les seuls. Toutes les activités financières – la gestion d’actifs, les prêts etc. – sont mises au défi par des sociétés technologiques, qui démontrent qu’elles sont rapides, efficaces et agiles. C’est difficile pour des entreprises de grande taille et vieilles de se transformer, mais les banques doivent devenir davantage comme les entreprises technologiques.

– Les banques rappellent souvent que la finance est basée sur la confiance. Comment faire pour la gagner lorsque l’on est un nouvel acteur?

– Ce discours est à mettre en relation avec la confiance que les banques ont perdu pendant la crise financière en montrant à quel point elles se souciaient peu de leurs clients. Pour gagner la confiance, il faut offrir un service qui plaît aux clients. Il faudrait pouvoir entendre les clients des banques s’enthousiasmer pour des services qu’elles offrent. Vous entendez cela souvent, vous?

– Que pensez-vous des développements de la blockchain – technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle – que certains voient comme une révolution dans beaucoup de domaines?

– Le bitcoin, qui est basé sur cette technologie, a échoué à convaincre qu’il pouvait être un vrai produit pour des vraies personnes. C’est devenu un instrument spéculatif. Mais la blockchain, c’est plus que cela. Cette sorte de registre collaboratif est très puissant et on va voir des applications dans la finance, mais aussi en dehors de ce secteur, même si le consommateur final ne le verra lui-même probablement pas.

– Vous investissez aussi dans les fintech, où voyez-vous les initiatives les plus intéressantes?

– Il se passe beaucoup de choses à Singapour et à Sydney, qui sont au coude-à-coude pour devenir la capitale de la fintech en Asie. Londres est également très active, plus qu’aux Etats-Unis, où il ne se passe pas grand-chose dans ce domaine, même dans la Silicon Valley. C’est un effet de la réglementation américaine qui rend les initiatives dans la finance plus compliquée qu’en Europe. Sans parler de l’accès à 28 marchés en étant implantés dans un seul pays. Enfin, c’était le cas [avant le Brexit].

– Pour une société basée en Grande-Bretagne, mais aussi très implantée en Estonie, le Brexit, est-ce une catastrophe?

– Cette décision est malheureuse. Elle rendra la Grande-Bretagne moins concurrentielle. C’est la capitale mondiale de la fintech. Cela ne veut pas dire qu’elle va perdre ce statut, mais elle va être mise au défi, c’est certain.

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