Les bouées de sauvetage commencent à se multiplier. Depuis plusieurs jours, les unes après les autres, les banques annoncent la suspension des amortissements des crédits qu’elles ont octroyés aux petites et moyennes entreprises (PME).

Celles-ci sont prises à la gorge par les fermetures ou les paralysies, et les liquidités manquent déjà. Il y a même un chiffre pour cela. Selon une estimation de l’IMD se basant sur les 100 entreprises les plus représentatives, les PME risquent de se retrouver en situation désespérée au cours des prochains mois. Si elles subissent des pertes en 2020, seules 60% d’entre elles seront en mesure de maintenir leurs emplois et de payer complètement les salaires. Et elles ne seraient qu’une sur quatre à pouvoir assumer leurs obligations financières et opérationnelles pendant plus de deux ans. Dans l’hypothèse moins sévère d’une baisse de moitié des chiffres d’affaires, 40% des PME survivraient au-delà de deux ans.

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C’est donc pour parer au plus urgent que les banques prennent ces mesures. En attendant que le système de crédits-relais annoncé par le Conseil fédéral démarre – ce devrait être le cas mercredi ou jeudi.

En Suisse romande, la Banque cantonale vaudoise (BCV) a été l’une des premières à annoncer la suspension des amortissements sur les six premiers mois de l’année. Une mesure qui permet de laisser à disposition des PME du canton plus de 40 millions de francs de liquidités.

A Genève, les reports d’amortissement seront «étudiés avec bienveillance» par les banques signataires d’un protocole d’accord avec le Département du développement économique, signé le 17 mars, à savoir la Banque cantonale de Genève, Raiffeisen, UBS et Credit Suisse. Le document prévoit également que ces établissements «feront preuve de souplesse» envers les entreprises en difficulté à cause de la situation sanitaire.

Les grandes banques aussi

A Neuchâtel, la banque cantonale annonce une suspension pour l’ensemble de l’année. Cela concerne aussi bien les avances commerciales que les hypothèques, précise sa porte-parole. Ici, le bol d’air s’élève à quelque 50 millions de francs de liquidités. En Valais, la BCVs évoque un montant de 100 millions. La banque suspend tous les amortissements pour les PME, mais aussi pour les indépendants jusqu’à fin 2020.

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Du côté des grandes banques aussi, c’est la mobilisation. UBS déclare avoir «plusieurs milliards de francs pour fournir des liquidités à ses clients entreprises suisses qui se trouvent dans le besoin sans que ce soit leur faute». Pour les PME, les amortissements peuvent être, là aussi, temporairement suspendus.

Credit Suisse n’a rien annoncé d'officiel. Mais les demandes affluent et des suspensions d’amortissement ou de leasing sont acceptées, témoigne Michael Willimann, responsable des PME en Suisse romande (hors Genève). Il y a deux catégories, expose-t-il: les «arts et métiers» – restaurants, bars, coiffeurs... – qui sont à flux tendu. Pour elles, privées de rentrées d’argent depuis mi-mars, les aides doivent arriver très rapidement. Puis il y a les grandes PME, notamment industrielles, dont la principale préoccupation est de sécuriser les liquidités pour les prochaines semaines. «Pour réduire les charges, le chômage partiel est évidemment un autre bon outil complémentaire.»

Un effet limité?

Les établissement bancaires ont donc tous choisi la même voie. Comme les propriétaires immobiliers qui préfèrent suspendre le paiement de loyers que d'avoir des locaux vacants, les banques préfèrent faire des sacrifices que de voir leurs clientes PME asphyxier puis disparaitre. 

Cette stratégie par le crédit ne convainc toutefois pas tout le monde.«Ils fourniront une bouffée d’oxygène, mais auront un effet limité, estime Sergio Rossi, le professeur d’économie à l’Université de Fribourg. La plupart des PME ont peu de crédit, elles préfèrent souvent utiliser leurs fonds propres pour investir et, depuis 2008, elles ont plutôt eu tendance à rembourser leurs prêts avant l’échéance ou à revoir leurs investissements à la baisse.»

Michael Willimann signale en tout cas que depuis plusieurs jours, les PME qui avaient encore de la marge sur leur ligne de crédit l’ont désormais «largement thésaurisée» afin de s'offrir un premier bol d'air.

Les privés, une autre histoire

Ce dont les entreprises ont actuellement besoin, c’est de clients, reprend Sergio Rossi. «La consommation va considérablement baisser car une partie des employés risque de se retrouver sans rémunération ou avec des revenus plus bas.»

Soutenir les salariés comme les PME? Pour l’instant, aucune banque n’a évoqué la question des crédits aux particuliers. Mais une suspension généralisée semble peu probable, puisque, a priori, rappelle notamment la BCV les travailleurs vont conserver leur emploi et/ou un certain niveau de salaire via le chômage partiel.

En ce qui concerne les propriétaires endettés qui décideraient, pour soulager des PME locataires, de renoncer temporairement à encaisser un loyer, «nous analyserons leurs demandes éventuelles dans un esprit ouvert et constructif», promet la BCV.