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Les banques étrangères peinent hélas à s’implanter en Suisse

Les établissements, surtout de pays émergents, peinent à obtenir des licences. Le renouveau de la place financière passe pourtant aussi par eux

Les banques étrangères peinent hélas à s’implanter en Suisse

Gestion Les établissements de pays émergents obtiennent difficilement des licences

Le renouveau de la place financière passe aussi par eux

Analyse

Il aura fallu deux ans et demi à Generali pour se défaire de sa banque privée suisse BSI. Un tel délai a donné suffisamment de temps pour faire les pires suppositions. On ne saura pas – ou du moins pas tout de suite – les raisons de cette attente. Les coffres sont-ils truffés de comptes non déclarés, américains par exemple? Est-ce cela qui a rebuté les premiers intéressés? D’autant que les prétendants (officiellement déclarés ou non) semblaient d’abord nombreux. Le groupe Safra, Union Bancaire Privée, Julius Baer ont notamment été cités.

L’accord, finalement signé avec BTG Pactual, met fin à une incertitude. C’est une bonne nouvelle pour la place financière qui n’a pas échappé aux observateurs: «Le deal BSI rompt le charme», a titré Finanz und Wirtschaft mercredi. Le bimensuel zurichois a estimé que l’annonce peut redonner de l’espoir au secteur, plutôt miné par les départs ou les ventes de banques étrangères ces derniers mois. Que ce soit pour se recentrer après les turbulences de la crise financière, pour répondre à la baisse des revenus et à la hausse des coûts ou pour quitter une place financière qu’elles jugent moins attractive, leur nombre est passé de 160 en 2009 à 121 aujourd’hui.

Ces chiffres ne reflètent cependant pas toute la réalité. L’attrait de la place suisse pour les groupes étrangers n’a pas disparu. Il peine pourtant à se concrétiser en de nouvelles implantations. Car, si les départs viennent de groupes européens, les banques des pays émergents sont toujours intéressées à s’installer en Suisse. Le problème, c’est qu’elles ne sont pas toujours bien considérées. Une banque du Caucase nous avait, par exemple, confié il y a quelques mois n’avoir même pas osé demander une licence bancaire, ayant compris enter les lignes qu’elle serait éconduite par la Finma. Le gendarme des banques assure ne pas faire de différence et exiger qu’une série de conditions soient remplies par tous. Mais de nombreuses histoires circulent sur la place financière, d’établissements ayant été recalés, notamment provenant des pays du Golfe. Selon nos informations, que BTG Pactual n’a pas voulu confirmer, la banque brésilienne, justement, a été recalée il y a quelques années par la Finma.

Faute de pouvoir obtenir une licence, d’autres ont tenté une voie détournée pour mettre quand même un pied en Suisse. Car, selon plusieurs observateurs, la Finma réfléchit à deux fois avant de donner le sésame à un établissement d’un pays émergent, car elle n’aurait pas une confiance totale envers les régulateurs de ces pays. En revanche, si une banque, ayant une filiale en Europe, par exemple au Luxembourg ou à Londres, décidait, de là, de s’étendre sur la place helvétique, le régulateur y consentirait plus facilement. Ce sont aux autorités locales que revient alors le gros du travail de surveillance. C’est précisément ce qui s’est passé avec une compatriote de BTG Pactual, Itau, qui a commencé par ouvrir une filiale au Luxembourg, avant de s’implanter en Suisse. A l’époque, la banque n’avait pas voulu confirmer la manœuvre, mais elle avait souligné que la procédure n’était pas simple.

On peut interpréter le rachat de BSI comme un moyen d’entrer en Suisse pour cet acteur brésilien. Ce n’est probablement pas la seule raison. Avec près de 90 milliards de francs sous gestion, la banque basée à Lugano est une trop grosse proie pour répondre à un tel objectif. Mais cette transaction élimine tout de même la question de la demande d’une licence à la Finma. S’il s’agit d’un rachat, cette autorité ne peut pas directement s’y opposer.

La volonté de banques émergentes de s’installer en Suisse est réjouissante et elle reflète les changements de l’économie mondiale. En outre, elles peuvent participer au renouveau de la place, alors que les acteurs européens ont encore des plaies à panser. Certains établissements seront même nécessaires pour assurer la compétitivité de la place: le pays a par exemple besoin d’un établissement chinois pour se développer comme une place de référence en Europe pour les transactions en yuans.

Le nombre de banques étrangères en Suisse est passé de 160 en 2009 à 121 aujourd’hui

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